LIVRE/ECHANGE N°18 - Février 2002
[ ] Phrases courtes, dialogues qui sonnent juste, ton sec et humour sombre, Laurent Martin dresse un état des lieux sans concession de la vie dans les cités tout en déroulant son intrigue, s'inscrivant ainsi dans la tradition du polar français de ces vingt dernières années qui mêle volontiers engagement social, politique et univers noir. Mais la grande originalité de L'ivresse des dieux réside dans la distribution de la narration : le Héros (Ripolini), le Chœur et le Coryphée ont tour à tour la parole, au cours de brèves séquences qui s'organisent selon la structure classique d'une tragédie. Ce qui permet à l'auteur de conférer à son récit une dimension universelle, mythique et ironique à la fois, et de dynamiser la narration en alternant les points de vue."Voilà deux mille cinq cents ans que les Grecs ont inventé la tragédie, la cité et l'enfer. Deux mille cinq cents ans qu'on vit avec et que rien n'a vraiment changé", prévient l'auteur dans sa note liminaire. Il semble bien, en effet, que les dieux aient encore soif de sacrifices.
Dominique Nédellec