Annie Ernaux n'a pas son pareil pour embarquer crescendo son lecteur dans cette valse à trois temps (rupture, réminiscence, évacuation) qui sacralise l'amour déçu-déchu. À la différence du pseudo-intimiste À ce soir de Laure Adler, L'Occupation parvient à mettre l'accent sur la source de la souffrance sentimentale : ce par quoi l'autre s'absente, ombre parmi les ombres, et vous considère comme un fantôme décharné. Entre pudeur et impuissance, la fébrilité de l'héroïne qui cherche par tous les moyens à connaître le nom de l'élue du cœur de W. fait peine à voir/lire. À l'image de ce bref récit, le chagrin ne saurait toutefois durer qu'un temps, avant que la vengeance puis les rituels sacrificatoires ne prennent le relais…
Dans de belles pages de ce journal quasi public, l'auteur porte l'écriture à son incandescence en l'assignant à l'art de "planter des aiguilles" ou de symboliser la "jalousie du réel". Ainsi cette "occupation" – au double sens d'activités mentale et physique tendues vers un but – résonne-t-elle paradoxalement du creux de la dépossession et de la perte invisible de l'enchantement. Les mots seuls, ces mêmes mots qui blessent et colmatent toutes les béances, ces mots si chers à Annie Ernaux amèneront son personnage à saisir en quoi la vérité est toujours au-delà de la réalité. Et chacun, à concevoir que c'est parce qu'on ne construit jamais sur du vide qu'il importe de nommer les gouffres qui s'ouvrent d'aventure en nous. La parole, comme l'amitié, qui demeure parfois quand l'amour s'écroule, est un lien invisible plus fort que tous les liens visibles. --Frédéric Grolleau --Ce texte fait référence à l'édition Relié .
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Commentaires client les plus utiles
3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
la jalousie, sentiment étrange et pénétrant,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Occupation (Broché)
Leçon de vie, mise à nu d'un sentiment irrationnel et illogique. Toujours aussi enrichissante et expérimentale dans l'écriture au couteau.
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7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5
Jalousie quand tu nous tiens!,
Par Nadine (Paris) - Voir tous mes commentaires
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Occupation (Relié)
Des héroïnes comme Lady Macbeth ou Phèdre se reconnaitraient sans peine dans ce portrait de femme jalouse!! Dans une dimension moins tragique certes, mais tout aussi obsessionnelle. Des premiers symptômes (qui est cette "autre"? Où vit-elle?...)à l'obsession dévorante, l'héroïne d'Annie Ernaux décrit avec précision et justesse les égarements de sa jalousie. L'écriture apparait ici comme une "catharsis", une purgation des maux qui tout d'un coup vous transforment en quelqu'un d'autre.... Sujet intéressant!!!!!
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1 internaute sur 4 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
à lire,
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Occupation (Broché)
c'est un livre court et bien écrit, un bon moment en perspective. un seul conseil : laissez vous aller!
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