On peut lire Jules Verne de plusieurs manières, la plus évidente étant sans se poser de questions, dans le seul but de s'évader un peu. Sur ce point, "L'oncle Robinson" répond parfaitement à la demande ; préfiguration de "L'île mystérieuse", c'est un roman bien écrit et qui tient raisonnablement en haleine. Mais on peut aussi s'interroger sur ce que Jules Verne nous dit de son époque, de sa mentalité. "Quant à lui, se redressant, il rasa des files entières de couroucous. Ces oiseaux, étourdis, stupéfiés d'une telle attaque ne songeaient point à s'envoler, et se laissaient abattre avec un calme stupide. Une centaine de couroucous jonchaient déjà le sol, quand les autres se décidèrent à fuir" : toute la mesure que nous mettons aujourd'hui dans nos actions parce que nous sommes préoccupés de leurs conséquences à long terme sur notre environnement, fut-il animal, végétal ou minéral, ne peut que nous conduire à considérer avec une certaine circonspection le comportement prédateur de la famille Clifton naufragée sur une île. Comme les choses ont bien changé ! Ainsi, il y a un siècle encore, on se réjouissait de ces réçits où les hommes "domestiquaient" la nature grâce à la science, ce qui devait leur garantir de vivre en concorde pour l'éternité. Aujourd'hui, on abandonne quelques individus sur un île déserte et on s'effare quand ils égorgent une poule, en attendant avec impatience qu'ils s'exterminent jusqu'au dernier. L'homme n'est donc plus au centre du monde. En viendra-t-il à se demander s'il n'y est pas de trop pour finir ? Isaac Asimov apportait à cette question une réponse intéressante dans son cycle Fondations qu'il est pour cette raison intéressant de lire à la suite de Jules Verne.