En ancien dissident soviétique, l'auteur manifeste à travers cet ouvrage prophétique toute sa vigilance et son écoeurement face à l'aveuglement dont nous sommes collectivement atteints en Occident.
Alors qu'en référence au Nazisme les démocrates scandent un « Plus jamais ça », Vladimir Boukovsky remarque que rien de comparable n'est énoncé à l'encontre des communistes de l'ex-URSS qui, pour une large part, exercent encore des responsabilités dans nombre de pays et, pire, pourraient abandonner leur temporaire profil bas d'ici quelques années pour regagner toute leur morgue. L'extrême indulgence avec laquelle on les traite fait dire à l'auteur que, contrairement à ce que l'on croit, nous n'avons pas remporté la Guerre froide et celle-ci n'est même pas terminée.
Plus préoccupant, nous ne voyons pas que, insidieusement, sous les dehors de vertueux principes tels que liberté, paix, progrès et droits de l'homme, l'Europe aspire tout autant à apporter le bonheur à l'humanité que son prédécesseur soviétique. Et, de la même manière, sans pour autant aller jusqu'à parler « d'ennemi du peuple », tout opposant critique à l'Union européenne se trouve discrédité et assimilé à quelqu'un de peu fréquentable (sans que ce soit l'unique sujet, l'auteur le montre, pour lequel la liberté d'expression est sujette à caution). Or, si en apparence l'Union européenne ne semble en aucun cas comparable à l'URSS, Vladimir Boukovsky observe avec inquiétude qu'en profondeur il n'en est rien. Les convergences, similitudes et principes communs sont frappants et ce sont eux qu'il propose d'analyser, à travers une série de comparaisons simples mais stupéfiantes.
Puis, l'auteur revient rapidement sur l'histoire de la construction de l'URSS, en rappelant notamment les fortes collusions entre communistes et socialistes ou socio-démocrates qui régnaient à l'origine entre-eux, leur divergence portant non sur le but à atteindre, mais les moyens d'y parvenir (violence, terreur, exécutions et dictature du prolétariat pour les uns contre réformisme pour les autres). « Deux manières de cuire le homard », pour reprendre l'analogie de V. Boukovsky. Rappel capital, puisque l'auteur montre que les socialistes et socio-démocrates ont toujours constitué les meilleurs alliés de l'URSS durant les phases de détente, ne cessant d'espérer la grande convergence qui aurait certainement lieu un jour.
Pire, l'essentiel de l'ouvrage porte sur la manière dont Mikhaïl Gorbatchev a anesthésié les élites et les peuples européens en lançant son idée de « maison commune européenne ». Comme le résume une formule tout à fait révélatrice et sans ambiguïté du hiérarque soviétique lui-même devant ses pairs, l'objectif sous-jacent est d' « étrangler en étreignant ». De là, s'en suivent de nombreuses références à des archives montrant le détail de la stratégie (visant à évincer les Etats-Unis de l'Europe, plutôt que de diviser celle-ci, pour mieux ensuite la fondre dans l'empire soviétique, tout en remédiant aux problèmes fondamentaux de celui-ci, au bord du gouffre), ainsi que des dialogues édifiants avec les principaux responsables socialistes européens. Un véritable détournement du projet européen par les forces socialistes enfin réunies et qui aurait pu aboutir si l'URSS n'avait succombé, comme on le sait, à ses maux profonds. Effrayant.
L'ouvrage s'achève, enfin, sur d'autres révélations incroyables, comme celle des révolutions des pays de l'Est (Pologne, Hongrie, Tchécoslovaquie, ...), qui en réalité étaient des opérations de désinformation montées par Moscou pour restaurer un socialisme bon teint et qui ont mal tourné, sous-estimant le réel désir de liberté des peuples.
Et Vladimir Boukovsky montre pourquoi le socialisme n'est pas fini et le projet de « maison commune européenne » nullement abandonné. Très inquiétant.
Et ce n'est pas tout. D'autres « surprises » émaillent cet ouvrage.
A lire pour renforcer notre vigilance.