Comme souligné dans les commentaires précédents, LA BALLADE SAUVAGE est le premier film de Terrence Malick, cinéaste rare et discret, à propos duquel toutes sortes de rumeurs ont couru (comme elles ont couru aussi à propos de Stanley Kubrick). Voilà un homme qui a mis trente ans à faire trois films. Et pourquoi cela ? Tout simplement parce qu'il avait autre chose à faire, le cinéma n'est pas son centre d'intérêt principal dans la vie ! Mais quand il s'y colle, ça vaut le coup !
LA BALLADE SAUVAGE raconte l'itinéraire sanglant d'un couple de jeunes gens, en rupture avec les adultes, avec le monde. Des Roméo et Juliette qui se métamorphoseraient en Bonnie & Clyde. On est obligé de penser au film d'Arthur Penn. Le point fort de la mise en scène de Malick, ce sont ses images. Magnifiquement composées et éclairées (Malick, pour bénéficier de la même lumière du soleil, peut tourner 30 secondes tous les jours strictement à la même heure), elles diffusent des sensations étranges de mal être, d'angoisse, de solitude... Terrence Malick filme ses personnages de loin, paumés dans des décors austères, en pleine nature (ici le désert). Malick filme la poussière, les arbres, les nuages, comme parties intégrantes de son histoire. C'est une des spécificités de ce metteur en scène atypique, de partir en plein tournage filmer des fleurs ou des animaux, et incorporer ces scènes au montage (voir la jungle de LA LIGNE ROUGE).
LA BALLADE SAUVAGE se situe dans une petite ville, dans l'Ouest. Cela pourrait être un western, aux plans étirés comme chez Sergio Leone, et avec des éclairs insensés de violence. Le personnage joué par Martin Sheen (avec ses faux-airs de James Dean), n'a rien à perdre, il s'enferme dans une spirale meurtrière, entraînant la seule personne qui lui ressemble et le comprend (Sissy Spaceck étonnante et fragile). Ensemble ils vont tenter de vivre quelques instants de bonheur, de liberté, rien que pour eux, en marge des conventions et des lois, sachant dès le début quelle issue les attend.
BADLANDS est un film magnifique de simplicité, et d'intensité. Un film rare, contemplatif, et d'une beauté tragique.