La bataille d'Alger ou comment l'armée française a tenté de "pacifier" la Casbah et comment le FLN a gagné ce qui est peut-être la première guérilla urbaine.
Si la France a eu un mal fou à parler de la Guerre d'Algérie (et même ce terme de "guerre" est resté tabou officiellement jusqu'en 1999), la date de réalisation de ce film, 1966, peut surprendre. C'est qu'il s'agit en fait d'un film italo-algérien, le FLN ayant approché le communiste Gillo Pontecorvo pour lui demander de réaliser une oeuvre de propagande pro-indépendance. Mais "La Bataille d'Alger" dépasse ce cadre de manière impressionnante.
Filmé au plus près des indépendantistes, des soldats français (des acteurs), au niveau des rues de la Casbah, on se croirait souvent dans un documentaire. Noir et blanc et sons d'ambiance se conjuguent dans une oeuvre d'une grande efficacité artistique aussi bien que politique. Le film ne fait pas la part belle aux Français. Encore que... Il montre aussi que certains respectent le code de l'honneur et il montre que des civils européens ont été innocemment touchés. Le film prend position pour le FLN. Encore que.... Il ne dissimule rien du passé de délinquant et de proxénète de son "héros", il montre aussi les exactions des indépendantistes, leurs luttes intestines et leurs trahisons.
Comme on le voit, ce film est donc loin de se réduire au discours simpliste qu'on pouvait craindre. Il n'est pas parfait, loin de là, mais avec les moyens de l'époque, il était difficile d'imaginer un traitement "aussi peu" partisan. Il aurait pu permettre en tout cas d'ouvrir un débat. Mais la censure s'en empara. Les autorités parisiennes ulcérées s'en prirent au jury du festival de Venise, les accusant de sentiments anti-français. Ce film est demeuré interdit en salles chez nous pendant des années. Pendant ce temps, l'armée américaine l'a diffusé à ses militaires, à l'époque du Vietnam comme plus récemment de l'Iraq, pour les préparer à cette guérilla urbaine parfaitement montrée par "La Bataille d'Alger". On peut aussi en conclure qu'on ne peut pas gagner une guerre quand on s'est à ce point aliéné l'ensemble d'une population. Une leçon à méditer. En Algérie comme ailleurs.
Les bonus très complets permettent un regard plus distancié avec l'époque et avec le film. Une vraie réussite éditoriale.