Oublions l'auteur, sa gueule de beau gosse fumant à la Malraux, son destin tragique. Vous vous tenez près d'une barrière blanche : au bout de l'allée que ratisse un jardinier, on aperçoit le perron d'un manoir. Envie d'approcher ? Une famille vit là en vacances. Le père serait mort fou. La mère est flagada et la fille aînée, déjà dans la trentaine, boit et prend des médicaments. Les deux autres enfants, Olivier et Anne, sa cadette, jouent au tennis.
Anne est fiancée au meilleur ami d'Olivier, un garçon qu'elle voussoie (c'est le fils d'un professeur de médecine), mais Olivier ne supporte pas ce projet de mariage : il est amoureux de sa sœur. C'est bientôt la fin de l'été, peut-être la fin de leur jeunesse, et d'une époque aussi.
Salué lors de sa parution (1960) par Aragon et Mauriac, pas insensibles au charme des jeunes gens, La côte sauvage de Jean-René Huguenin fut célébré pour la qualité de son écriture et l'habileté de sa construction narrative.
Véritable hymne à la Bretagne, mais une Bretagne du littoral pour Parisiens des beaux quartiers, ce « roman culte » qui pourrait faire penser à Sagan, ou plus vaguement aux Deux Étendards (en beaucoup plus court, beaucoup moins bien), a parfois quelque chose de maladroit, de lourd, voire de ridicule pour le lecteur d'aujourd'hui. Assez inégal, comme si on n'avait osé amender le manuscrit (« la lune crissait sur le granit de la croix », était-ce bien nécessaire ?), sa thématique audacieuse n'en reste pas moins troublante.
On note un bon passage sur l'exode de Quarante, non sans fascination pour les beaux soldats de la Wehrmacht.