Je n'avais jamais lu, ni vu Tchekhov jusqu'à ce jour et c'est donc avec cette représentation que je le découvre. Ma notation fut difficile à mettre parce que mes sentiments au visionnage de cette mise en scène ne sont pas homogènes.
Je ne sais d'ailleurs pas si le fait que je me sois un peu ennuyée vienne de la mise en scène ou du contenu de la pièce, sinon des deux.
Pour commencer, l'interview d'Alain Françon comme introduction à l'oeuvre du dramaturge russe m'a beaucoup plu. Elle permet vraiment de comprendre le créateur en nous expliquant qu'il n'y a pas d'unité psychologique chez Tchekhov, que c'est un théâtre très factuel, de l'existence et non de l'essence. On note chez lui l'importance de la situation, du présent. On peut nommer son théâtre: un "théâtre du tel quel" pour reprendre l'expression de Françon. Toutes ces indications m'ont semblé utiles. L'interview ne dure en plus qu'une demi-heure.
Venons-en maintenant à la pièce elle-même. Mon avis est mitigé. Je me suis globalement ennuyée parce que j'ai trouvé qu'elle traînait un peu en longueur.Elle dure d'ailleurs 2h17! La concision, l'intensité manque un peu à mon goût, alors que le sujet est intéressant, qu'on assiste à l'insertion de la poésie dans le théâtre avec beaucoup de finesse.
La pièce s'ouvre sur une ambiance gris pâle un peu nacrée à l'intérieur. Les scènes d'extérieur, quant à elles, se déroulent dans des couleurs chaudes. On assiste à une image de la Russie bourgeoise des années 1900 (la pièce date de 1904) et sur sa décadence. "Votre cerisaie sera vendue pour dette", déclare l'un des personnages. Tout le drame repose sur cette phrase. On nous présente alors une femme prodigue, amoureuse de ce lieu, ainsi que la voix fêlée et émouvante d'un vieillard qu'on oubliera lorsqu'il faudra partir (J-P Roussillon). La nostalgie est le sentiment dominant, car c'est l'âme de cette propriété qui est menacée.
S'entremêlent deux aspects à mes yeux, l'un qui m'a gêné et l'autre qui m'a plu: un aspect guindé, des personnages enfermés dans des convenances -même si les costumes sont fidèles à l'époque- et un aspect poétique dans l'évocation de la ceriseraie qui vit, donne des fleurs, se flétrit l'hiver venu, que les personnages ont dans le coeur, car elle contient leur héritage. La musique qui accompagne la pièce est très bien choisie: piano et violon se répondent. Des airs de valse sont le plus souvent choisis et les personnages dansent parfois.
Dans cette pièce, on ressent aussi la déchéance d'une bourgeoisie qui se fragilise, car elle est trop molle.La vie pour elle est trop facile par rapport à ceux qui travaillent. Nous sommes en 1904 un peu plus de 10 ans avant la révolution russe (1917). Les personnages refusent l'avenir et se raccrochent à un passé qui ne sera plus. On vit aussi cette décadence car la roue tourne et l'oisiveté est souvent source de tragique. Cette pièce est donc également intéressante en pointillé d'un point de vue historique. Cette bourgeoisie qui tourne en rond, qui semble coupée du monde ouvrier, va bientôt souffrir les méfaits du totalitarisme.
La représentation, contenue dans ce DVD, s'est déroulée au théâtre de la Colline en 2009 et a été mise en scène par Alain Françon.