Affligée d'une malchance frôlant le surnaturel, la fille d'un industriel français est enlevée au Mexique. Après que les moyens classiques pour la retrouver ont échoué, son père tente le tout pour le tout en lançant sur sa piste un employé du service comptabilité, François Perrin (Pierre Richard), lequel semble partager le "handicap" de la jeune femme. Le détective privé chargé de l'enquête, Campana (Gérard Depardieu), accepte à contre-coeur cette proposition irrationnelle.
Qu'est-ce qu'une comédie réussie ? C'est d'abord un film où l'on rit, ce qui est le cas dans
La chèvre où le duo Richard-Depardieu fait merveille, la candeur de l'un et le tempérament sanguin de l'autre se mettant mutuellement en valeur. L'idée de départ est d'ailleurs exploitée avec intelligence puisque les multiples coups du sort qui accablent Perrin sont autant liés à sa personnalité qu'à une malchance que Campana mettra en doute jusqu'au bout. Ainsi, tout au long du film, revient comme un leitmotiv muet le regard à la fois incrédule et irrité de Depardieu à Richard, quand celui-ci se trouve frappé par le destin.
Une comédie réussie, ce n'est pas forcément une avalanche de gags, du genre
Cité de la peur. J'ai en tête une planche des
Dingodossiers dans laquelle, sur l'impulsion du génial Goscinny, le non moins génial Gotlib dessina l'intérieur d'une centrale électrique fourmillant de détails inutiles, simplement pour montrer en premier plan un petit bonhomme qui se cogne le coude et se plaint de l'électricité engendrée. Mettre tout le labeur dans l'écrin pour faire ressortir le contenu. Si
La chèvre est drôle, c'est aussi parce que l'emballage est superbe : les paysages, la musique, le scénario qui porte le spectateur vers le but annoncé tout en le surprenant sans cesse, et enfin une certaine tendresse enveloppant le tout.
A part une scène (le gorille) ayant un peu vieilli, l'ensemble demeure d'une rare efficacité. Je préfère ne pas déflorer de séquence au cas où vous ne connaîtriez pas encore ce grand film, mais lorsque cette lacune sera comblée, vous saurez pourquoi, autour de vous, les gens sourient irrésistiblement lorsqu'on évoque à son sujet "les chaises", "les sables mouvants", "le type au chariot" ou encore "la guêpe". A ce propos, l'éditeur du DVD s'est cru inspiré en créant un menu animé dévoilant l'un des plus beaux morceaux du film. Bravo andouille. Quand un film est réussi, on se fait discret, rien ne le met mieux en valeur que lui-même. C'est fragile, une comédie réussie.