De quatre albums en nom propre à plusieurs incursion dans le cinéma (et le metteur en scène Pierre Salvadori), en passant par des collaborations couronnées de succès (Sandrine Kiberlain), et des gammes en tant qu’organiste au sein du groupe proto-punk Le Cri De La Mouche – puis des Satellites, au faîte du rock alternatif hexagonal – le Franco-Libanais Camille Bazbaz, et sa voix délicatement éraillée, se sont progressivement ouverts aux influences tropicales (reggae, puisqu’il a œuvré aux côtés du légendaire Winston McAnuff, d’où une empreinte jamaïcaine largement représentée ici), et afro-américaines (blues and soul), pour concocter une chanson
à la française, chaloupée comme une affriolante créature.
La Chose, cinquième livraison du barbu donc, revendique justement un intérêt certain pour les jeunes femmes aux reins cambrés, et aux jambes interminables en lianes, mais ne saurait être éloigné de trop d’un certain mal de vivre, qui s’entête à répondre à la question existentielle : Eros et Thanatos sont dans un bateau, qui se décide à tomber à l’eau ? Pas les rythmes en tout cas, sombres et telluriques et obstinées, droit venus de certaines early années soixante-dix, où un certain Nino Ferrer démontrait à satiété que la chanson populaire n’était pas fondamentalement synonyme d’abêtissement.
Le tout élaboré par une brigade mixte (ce qui signifie quelques hommes, et quelques femmes, aussi) particulièrement aptes à délivrer ces rythmes propices au dodelinement. Les textes n’ont pas été davantage sacrifiés, parfois à examiner avec la circonspection qu’imposent les trous de serrure : il faut en effet oser écrire (et chanter) de petites mignardises telles que « elle a le bonheur entre les jambes/et le chagrin dans les yeux », sur un tempo nonchalant et une sonorité de piano-jouet que renierait pas Pascal Comelade. Convenons qu’un univers où tous les troubles (jusqu’aux plus profondément existentiels, comme dans
« Etranger ») se résolvent entre deux draps (voire par-dessus) peut laisser rêveur : mais les rêves moites et coquins de Bazbaz sont là son moindre défaut.
D’autant, qu’en onze chansons, il s’autorise des dérives modestes circa Michel Polnareff (
« Insectes »), voire un blues autobiographique pour rire et pleurer, d’un digne pessimisme (
« Ma Vie »). Enfin précisons que, encore davantage que la chanson-titre,
« Sait-elle ? » offre le type de tube évident qui éclaire une journée, les rapports dans un couple, et la vie en général. Demain, sur toutes les radios, et, pour la première fois, mentionné ici.
Christian Larrède - Copyright 2013 Music Story