Berlin, avril 1945. L'effondrement total du IIIème Reich n'est plus qu'une question de jours. Les troupes soviétiques se rapprochent et les combats font rage dans les rues de la capitale du Reich. Hitler, accompagné de ses plus proches partisans, se terre dans son bunker. A ses côtés, Traudl Junge sa secrétaire, refuse de l'abandonner.
Toutes les nouvelles annoncent la débâcle finale, mais le dictateur veut continuer de croire en la victoire et refuse toute idée de reddition, alors que l'ensemble de ses généraux se rebelle, refusant le sacrifice inutile de milliers de vies et tentant de sauver ce qui peut encore l'être.
Peu à peu Hitler perd tout sens des réalités et déplace sur la carte des unités fantômes, tandis que les suicides et les désertions se succèdent.
A l'intérieur du bunker, l'entourage du führer attend la fin, qui viendra avec le suicide d'Eva Braun et de Hitler, qui abandonne ainsi son peuple au chaos.
Inspiré du livre de Joachim Fest "Les derniers jours de Hitler" (ceux que cette période de l'Histoire intéresse liront également "La chute de Berlin" d'Anthony Beevor) et des mémoires de Traudl Junge, la secrétaire du dictateur, la plus grande partie du film est vu au travers des yeux de celle-ci, une jeune femme naïve et idéaliste, qui pourrait symboliser l'Allemagne dans son ensemble, abusée par le charisme du führer.
Les rôles sont distribués à merveille et le jeu des acteurs est exceptionnel : Bruno Ganz dans le rôle principal, est incroyablement fidèle à l'original jusque dans les moindres détails, y compris l'accent autrichien. Bruno Ganz restitue très bien la dualité de Hitler, tantôt véritable tyran, tantôt personnage paternaliste pour ses proches.
Juliane Köhler en Eva Braun, potiche mondaine amourachée du dictateur, Heino Ferch en Albert Speer, l'architecte mégalomane favori du führer, ou encore Ulrich Nöthen en Heinrich Himmler, chef suprême des SS, sont également remarquables de ressemblance avec les personnages historiques qu'ils personnifient.
Ulrich Matthes, dans le rôle de Josef Goebbels est moins bien réussi quant à la ressemblance avec le dauphin de Hitler, mais rend cependant de façon extraordinaire le personnage dégoulinant de cynisme et de fanatisme, qui n'hésite pas, de concert avec son épouse, à tuer leurs six enfants, le monde à venir n'étant pas jugé dignes d'eux.
Le cinéaste, remarquablement documenté, prend le temps de nous montrer les divers caractères des personnages, résignés ou non, lucides ou fous à lier, jusqu'au-boutistes ou opportunistes, pleutres ou héroïques, sans remords ou réalisant au contraire la folie de leurs actes.
L'atmosphère oppressante de la fin d'un monde est très bien restituée, magnifiquement rendue par des décors d'une esthétique sombre ainsi que par une musique d'apocalypse particulièrement soignée.
Ce film a engendré bon nombre de polémiques déplacées, dont celle de l'occultation des crimes nazis, ce qui est hors sujet. "La chute" dépeint une courte période dans un certain contexte et à un moment donné, et non la chronique de la Seconde Guerre Mondiale. Si on suit cette logique, on pourrait tout aussi bien critiquer "Il faut sauver le soldat Ryan" pour ne pas montrer Hiroshima !
Une autre polémique porte sur une trop grande "humanisation" de Hitler. L'historien Marc Ferro en particulier, voit des buts pernicieux dans cette trop grande humanité du dictateur, à travers des scènes de vie quotidienne où on le voit éprouver de l'affection pour son berger allemand, de l'amour pour sa future épouse Eva Braun, etc. On se laisserait donc aller à ressentir de la compassion pour lui, voire de la sympathie.
Le réalisateur Oliver Hirschbiegel ne cherche à aucun moment à caricaturer Hitler, mais uniquement à le dépeindre tel qu'il était, dans un strict souci de réalité historique. Ne pas le reconnaître comme humain, n'est-ce pas nier que chacun de nous porte en soi son lot de capacité de nuisance ?
Enfin après tout, si certains spectateurs ont pu juger sympathique un tyran à moitié fou, qui pendant tout le film n'a de cesse d'exécuter tout ce qui bouge, qui est le plus dérangé du réalisateur ou du spectateur ?
En conclusion, Hirschbiegel est le premier Allemand à oser s'attaquer avec une telle volonté de réalisme à un véritable tabou national qui persiste jusqu'à nos jours, dû à l'auto-flagellation collective à perpétuité du peuple allemand, du fait des horreurs nazies. Si le cinéaste ne reflète pas l'Allemagne dans son intégralité, ce film montre déjà un début de prise de distance avec l'Histoire, ce qui en définitive me semble très positif.