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La Chute des Princes Broché – 28 août 2014


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Extrait

L'invention de l'argent

Quand vous craquez une allumette, la première nanoseconde elle s'enflamme avec une puissance qu'elle ne retrouvera jamais. Un éclat instantané, fulgurant. L'incandescence originelle.
En 1980, j'ai été l'allumette et je me suis embrasé pour n'être plus qu'une flamme aveuglante. Cette année-là, j'étais un missile pointé droit sur vos tripes - dégage de mon chemin ou je t'abats. Je n'en suis pas fier. En fait, j'en rougis de honte rien que d'y penser. Mais c'était comme ça. Aujourd'hui je ne suis plus le même homme, tout est différent. À l'époque j'étais cette pointe de lumière ardente vers laquelle tout et tous convergeaient. On pouvait me voir distinctement depuis l'espace, étincelle blanche et pénétrante, traçant sans pitié ni culpabilité son sillon dans le coeur de la ville la plus chaude et la plus flamboyante du monde. Si vous aviez été de sortie dans le cosmos un de ces soirs-là, vous vous seriez retrouvé aux premières loges de mes outrances publiques et de mes excès privés. Sous la couette à mille dollars, sur le matelas à quinze mille, dans ma douche carrelée de marbre, ou dans la veste sur mesure en cachemire noir qui me tenait chaud les soirées neigeuses d'hiver - dans ma vaste illumination, j'étais incontournable.
Je ne le dis pas avec fierté. Je ne présente pas d'excuses. Je décris des faits irréfutables. J'avais tellement de charme que j'aurais convaincu un poussin d'éclore, ou vendu la clim à un Esquimau mort.
Après des milliers d'heures passées entre les mains des meilleurs entraîneurs dans la salle de sport la plus chère du monde, mon corps avait atteint une telle perfection que les femmes se bousculaient pour entrer dans ma chambre où elles restaient littéralement bouche bée, à remercier la chance qui les avait placées dans ma ligne de mire, qui avait fait d'elles, ne serait-ce qu'une nuit, les plus belles créatures de la terre, avec leurs bras graciles, leur épiderme aussi doux que la peau de chamois, leur odeur - mon Dieu, cette odeur - et leur chevelure dorée cascadant sur leurs épaules pour venir effleurer mon torse. Il suffisait d'un regard pour qu'elles sentent la chaleur et la faim tirailler leur ventre, avant même de connaître mon nom. D'ailleurs, elles s'en moquaient, j'aurais aussi bien pu être tueur en série qu'évêque.
Il fallait me voir, fermement campé dans mes chaussures Lobb directement envoyées de Londres, avec mes jambes puissantes, capables de soulever cent trente kilos de fonte ou de franchir les gratte-ciel d'un bond félin, et tout le reste de mon corps - bassin et hanches souples, ventre aussi dur et plat qu'un lac gelé et pourtant si chaud sous la paume. Peu importait à ces femmes de se faire marquer au fer rouge. Pareilles à ces toxicos incapables de s'arrêter avant la dernière dose, elles savaient bien qu'ensuite il y aurait le supplice du sevrage, et malgré ça n'aspiraient qu'à la jouissance aiguë de la piqûre, qu'à être pénétrées par l'aiguille incandescente - moi.
Le jour, on bossait comme des brutes.

Revue de presse

La Chute des princes dissèque sans pitié l'univers décadent et incandescent des jeunes loups de Wall Street de la dernière décennie du XXe siècle...
Cette décennie aussi décadente qu'incandescente, l'auteur de Féroces l'exhume sans fard et la dissèque sans pitié, dans un style au scalpel. C'est fou, c'est fort. Un grand roman. (Delphine Peras - L'Express, septembre 2014)

Beaucoup de sexe, de drogue, d'alcool et de fric. Une histoire vraie, la sienne. Robert Goolrick veut expier. Sa faute, sa culpabilité. Il raconte tout. Le Prince, c'est lui. Rooney dans le livre. Un de ces types imbuvables qui pullulaient dans les années 80, à Wall Street...
Dans cette nouvelle vie de malheur, Rooney hante le temps, vit par procuration, fait semblant. N'est-ce pas, au fond, ce qu'il a fait toute son existence ? Il est comme un poisson rouge dans un bocal. Il remonte à la surface prendre de l'air. Le luxe, la fête, les amis lui manquent. Mais il découvre aussi que lorsqu'on perd tout, on ne meurt pas pour autant...
"Je suis désolé", écrit l'auteur à la page 23. "Pardon d'avoir supposé que je valais mieux que vous". La chute des princes est tour à tour un cri d'agonie et un appel à la rédemption. Robert Goolrick ne veut pas de notre pitié. Il veut qu'on l'aime, qu'on lui pardonne. Il expie. Il cherche le calme de l'âme, il veut s'éloigner de la tempête qui fracasse sa vie depuis sa naissance. (Karen Lajon - Le Journal du Dimanche du 28 septembre 2014)

Dans La Chute des princes, son troisième roman, c'est un monde clinquant et fou qu'il décrit, et sa disparition brutale. C'est le New York des années 1980 et des traders, celui des millions de dollars empochés par des gamins en guise de primes de Noël, des kilotonnes de cocaïne sniffées pour tenir le coup entre journées de labeur et nuits de débauche, celui des fêtes somptuaires et des dépenses ahurissantes. Son narrateur, Rooney, occupait à l'époque l'un des postes les plus convoités de Wall Street, obtenu, après une batterie de tests et d'entretiens, à la suite d'une partie de poker avec le président de la firme. Viré à cause des excès de drogue et d'alcool, il raconte, vingt-cinq ans plus tard, cette " grande fiesta de l'insouciance " - et c'est la profonde mélancolie avec laquelle il le fait qui donne sa beauté et son prix au roman...
La force de La Chute des princes est de ne jamais vouloir mimer la fébrilité de l'époque : le roman, très bien traduit, est tout entier imprégné d'une douceur triste, qui en fait un texte entêtant. (Raphaëlle Leyris - Le Monde du 6 novembre 2014)

Dans un quatrième roman qui a tout d'un chant expiatoire, l'américain Robert Goolrick revient sur ses féroces années au pays de la "gloire". Sensationnel...
La Chute des princes est le quatrième roman traduit en français de Goolrick. Mais c'est le "fondateur", le plus personnel, et assurément, le plus spectaculaire. C'est un aveu intelligent et lucide, un acte de contrition. "Je suis désolé", répète-t-il à son lecteur-confesseur. "Pardon d'avoir supposé que je valais mieux que vous. Pourquoi le lire ? Parce qu'il faut être passé par le royaume des morts pour en parler si bien. Parce qu'en plus d'égaler la crudité d'Easton Ellis, la folie de DeLillo, la lucidité speedée de Scorsese et la cruauté de Stone, il les surpasse à peu près tous par son élégance, sa sensibilité et sa classe, toutes fitzgéraldiennes. Parce que le fric, finalement, ce n'est pas si chic. (Marine de Tilly - Le Point du 20 novembre 2014)


Détails sur le produit

  • Broché: 230 pages
  • Editeur : Anne Carrière (28 août 2014)
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2843377374
  • ISBN-13: 978-2843377372
  • Dimensions du produit: 20,7 x 2,3 x 14,3 cm
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9 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile  Par M. J-claude Montanier le 17 septembre 2014
J'ai été bouleversé par "Féroces", j'ai haï l'héroïne de "Une femme simple et honnête" (mais j'ai aimé le livre), j'ai été ému aux larmes par "Arrive un vagabond"...c'est pourquoi j'ai eu une certaine crainte devant le nouveau livre de l'auteur. Encore une version de "Grandeurs et décadences à Wall Street" ? Un livre que l'on a déjà lu de nombreuses fois ? Mais non ! c'était oublier que Robert Goolrick a un talent au-dessus du lot, qu'il est, de mon point-de-vue, l'un des meilleurs écrivains états-uniens actuels.
La toute première phrase, citée deux fois plus haut, est parfaite et elle nous plonge tout de suite dans l'univers factice, horrible, détestable de ces loups de la finance dont le narrateur est une sorte de chef de meute, avant sa chute.
De ce héros, on ne sait presque rien, même pas on nom...c'est un peu comme si l'auteur en le faisant imprécis, transparent voulait nous montrer qu'il est parfaitement fongible dans le monde de la finance où l'on est embauché sur un coup de poker (au sens propre) et jeté à la rue aussi aisément.
Chapitres après chapitres, le lecteur découvre les frasques invraisemblables de ces jeunes gens devenus immensément riches, beaucoup trop vite, à tel point que leur seul intérêt semble être de se brûler les ailes à force de sexe, de drogues, d'alcool, quand il n'achètent pas des vêtements et autres objets de luxe (dont la marque nous est toujours révélée, de même que leur prix astronomique...au point que ça en est un peu lassant).
Que ce monde est méprisable !
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile  Par HJ TOP 1000 COMMENTATEURS le 28 novembre 2014
Une voix se confie, sans pathos ni haine et presque sans regrets; c'est celle d'un golden boy des années 80 qui connut une ascension foudroyante et une chute tout aussi vertigineuse!
Il connut tous les excès que procure une fortune qui semble inépuisable. "Semper paratus" est la devise de cette génération qui est "toujours prête" à plonger dans tous les plaisirs des sens: sexe, alcool, drogues. Mais qui les pousse aussi dans une escalade qui les conduit à mépriser les plus faibles, à détruire les adversaires, à trahir les amis, à ne faire confiance à personne. Vivre à toute allure en sachant que l'on mourra jeune car c'est aussi la génération sida et la route du narrateur est jonchée de cadavres.
Si j'ai retrouvé avec plaisir l'écriture fluide et élégante de Goolrick, j'ai été déçu par ce récit monocorde, distancié, qui n'apporte rien de neuf sur le milieu qu'il dépeint et qui est même en deçà de ce que d'autres ont raconté.Seul, le beau personnage du travesti Holly qui apparaît à la fin, sensible est généreux, laisse percer une émotion et permettra au narrateur de trouver la rédemption.
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile  Par Colette Mestres VOIX VINE le 29 septembre 2014
Ils avaient tout pour reussir , pressentis dès la sortie de l'université, : la jeunesse, la beauté, le culot, l'envie de conquérir le monde de la finance. Ils sont corvéables à merci, mais, le retour est immédiat : ils sont :"les rois du monde" !

Aveuglés par cette réussite soudaine, ils dilapident, claquent cette manne qui leur tombe du ciel. Tout est jetable, gaspillable; même les sentiments..

Dure sera la chute ...Le désenchantement, les premiers suicides, puis le sida vont en être les prémices. La leçon de vie de ce travesti prendra une grande place dans la nouvelle vie de notre ex-trader anonyme ..

Le meilleur de R. Goolrick, après "féroce", "une femme simple et honnête" et "arrive un vagabond".
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6 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile  Par Frederi© Fontes TOP 500 COMMENTATEURSVOIX VINE le 28 août 2014
Robert Goolrick a l'art d'évoquer la moindre parcelle de beauté brillant dans les recoins les plus sombres de ses personnages. Depuis ses premiers écrits publiés en France (Une femme simple et honnête, Féroces, Arrive un vagabond de Robert Goolrick (2012) Broché), et à l'occasion de la publication de ce nouveau livre, on (re)découvre le talent de l'auteur quand il s'agit de sublimer la mélancolie qui consument ses protagonistes.
Frédéric Fontès, 4decouv
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