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3.0 étoiles sur 5
Hitchcock et Cinquième colonne, 24 mars 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Cinquième colonne (DVD)
Cinquième colonne (1942) - Saboteur - est le 28è film d'Hitchcock, le 5è tourné aux États-Unis entre Soupçons et l'Ombre d'un doute.
En pleine période de guerre, il s'agit d'un film d'espionnage à message « patriotique », le mot étant toujours délicat à employer pour Hitchcock. En tout cas, il s'inscrit dans une série de longs métrages d'espionnage qui étaient à la mode dans les années 30 et 40. Il s'en sort relativement bien pour ce film qui dépasse le simple premier degré de lecture grâce à sa touche personnelle.
Hitch continue à développer ses thèmes favoris : faux coupable, fuite et course-poursuite amenant à une évolution psychologique des personnages, écart entre les apparences et la réalité, le hasard, défiance à l'égard de la foule, des autorités officielles (corruption de la police) et des monuments nationaux (la statue de la liberté), l'ambiguïté du sens de la famille, les éléments naturels, la chute, les menottes. Le thème de la guerre est évidemment omniprésent.
L'ambiance nocturne et inquiétante qui règne durant le premier quart d'heure se retrouve vers la fin lors du retour à New York. Elle est l'occasion pour le cinéaste de rappeler en images l'influence de l'expressionnisme allemand : noir profonds, violents contrastes de lumières, ombres portées.
La nourriture, thème obsessionnel, intervient par le biais des cuisines que traversent les personnages : la première scène se passe dans un réfectoire d'usine. Plus tard, on traversera des cuisines d'hôtel à New York. Barry croquera une pomme lors de son arrivée dans la cabane du vieil aveugle musicien (allusion au péché originel).
Personne n'est « normal » dans ce film : les méchants ont de l'éducation, parlent bien, sont bien habillés. Certains ont un statut social élevé. Le chef des nazis américains est un papy gâteau qui joue avec sa petite-fille. Madame Sutton, son amie, est richissime et organise des galas de charité. Toute la haute société new-yorkaise se retrouve chez elle, véritable nid d'espions.
Autre société parallèle, davantage positive, le monde du cirque est un épisode amusant : avec sa galerie de « monstres », il représente la fascination qu'avait Hitchcock pour le monde du spectacle. Ils aideront à la fuite du « couple » de héros.
La dualité bien/mal est sublimée dans la scène hautement ambiguë de la salle de cinéma, où un film comique de gangsters se surajoute à la réalité de l'action qui s'y passe. On ne sait plus qui fait quoi, qui tire sur qui, si l'on crie dans le film ou dans la salle. Remarquable confusion entre la fiction et la réalité. On remarquera la minuscule silhouette du méchant fuyant en ombre chinoise devant l'immense écran de cinéma, touche hitchcockienne toute personnelle, mélangeant les échelles.
Le bien sera représenté par l'oncle aveugle, symboliquement.
L'humour noir intervient sous la forme des panneaux de publicité lors de la fuite des deux héros, nouvelle confusion apparence/réalité : alors que Pat va livrer Barry à la police, une pancarte indique : « elle ne vous laissera jamais tomber »; plus tard, une autre publicité vanté des « obsèques magnifiques à 49$50 »... Lorsque nos deux héros se disputent au bord de la route, une vieille dame dit à son mari conduisant l'auto : « Mon Dieu, ils doivent être éperdument amoureux »!
Mais le thème le plus important est constitué par les éléments naturels, en particulier l'eau et le feu, bizarrement complémentaires : le feu, c'est l'incendie de l'usine qui envahit l'écran, la cheminée de l'aveugle, l'extincteur du camionneur ou celui qui enflamme l'usine, l'allumette qui brûle le plan de sabotage, la torche de la statue de la liberté. L'eau, c'est la piscine du ranch situé à Deep Springs (sources profondes) dans Springvale (vallon des sources), le barrage, l'orage, Soda city, l'eau du port de New York, les bateaux qui s'y trouvent. Feu et eau sont remarquablement ambigus : l'extincteur de l'usine est rempli d'essence, ils se mélangent également dans l'alarme anti-feu de l'hôtel déclenchée par la fumée de cigarette et qui envoie des torrents d'eau. L'eau sert à la fuite (le fleuve, la cave de l'hôtel) et amène au réconfort (l'orage qui oblique Barry à trouver refuge chez le vieil aveugle).
Cinquième colonne est construit en une succession de petits épisodes, de manière un peu kaléidoscopique. Très étrange, l'épisode du ranch devient une sorte de mini-western, genre qu'Hitchcock n'illustra jamais : fuite à cheval, arrivée dans la ville fantôme de Soda city.
La scène finale montrant la chute lente du méchant, tout en haut de la statue de la liberté, offre des plans en plongée vertigineux.
Hitch apparaît à la 61è minute, debout devant le cut-rate drugs à New York.
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3.0 étoiles sur 5
Un prototype encore inabouti, 11 mars 2012
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"La Cinquième colonne" ("Saboteur") est, selon Hitchcock lui-même, un fourre-tout d'idées intéressantes mais mal ficelées, gâté par un mauvais casting imposé à l'auteur et par le fait que c'est en grande partie un film de propagande assez pesante, même si c'est pour la bonne cause antinazie.
Ce film est, à plus d'un titre, le prototype maladroit du futur "La Mort aux trousses", mêlant idées originales, clichés, et personnages atypiques (l'aveugle philanthrope) ou ambigus (Freeman, le nazi naïf et faux dur), mais il est trop bavard (longs "tunnels" moralisateurs ou patriotiques), trop décousu et surtout, à l'exception de l'inquiétant Norman Lloyd (Fry, le saboteur) qu'on ne voit malheureusement qu'au début et à la fin du film, il est très pauvrement interprété par le couple Robert Cummings - Priscilla Lane, tous deux fort ennuyeux, et par Otto Kruger, le "méchant" trop caricatural.
La célèbre séquence finale reste bien sûr le plus réussi des éléments qui sauvent - tout juste - le film de la médiocrité.
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4.0 étoiles sur 5
Du cousu main, 1 mars 2012
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Ce film est mondialement connu pour sa scène finale (et pour les rares qui l'ignorent encore, je ne dirai rien), ce « petit » Hitchcock est un film de propagande anti-nazie (il date de 1942), comme "Les 39 marches", "Une femme disparait" ou "Secret agent". Un suspense très efficace, un rythme haletant, pas un temps mort ! des acteurs superbes : voici donc un vrai petit bijou.
Outre LA grande scène finale, Alfred H. nous a aussi offert 2 autres très belles scènes : celle avec l'aveugle (hommage à « Frankenstein » ?), et celle du cirque (hommage à « Freaks » ?) Quant à celle citée plus haut, vous voyez bien ce qu'elle annonce ...
De plus retrouver la délicieuse Priscilla Lane (divine dans « Arsenic et vieilles dentelles ») est toujours un grand plaisir. Quand on sait, selon Télérama, que le cinéaste avait voulu Barbara Stanwick et Gary Cooper ...
Le dvd est d'une qualité très correcte. VO anglaise et française, et S.T. anglais et français. Intéressant bonus sur le 'making of' du film. Et pour le livret, jamais vu la couleur !
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