C'est une lecture à perdre haleine, tant on a le souffle coupé. Pas le temps de reprendre une bouffée d'oxygène, d'ailleurs il n'y en a pas. Dans le fond et dans la forme, une violence inouïe des personnages, des situations, du déroulement taillé à grands coups de hache entre présent et passé. La mâtine est rusée qui essaie de nous perdre dans une prétendue détestation de sa mère rendue folle à lier par la barbarie des nazillons qui ont massacré son frère tendrement aimé, par la barbarie plus « soft » d'un régime qui a courbé l'échine devant bien des ignominies. En réalité suivez son regard révulsé par la même bassesse, les comportements de chiens couchés des lèche-bottes de tout poil : ici, c'est l'huissier qui fouille dans les babioles, dans l'intime de ces deux femmes ; il réveille brutalement les spectres d'évènements ineffaçables. Levez les yeux, regardez autour de vous la valse des vautours.
Les armes de Lydie Salvayre : la grossièreté, l'humour grinçant, la provocation, la fausse naïveté : quand l'huissier entre chez vous que vous reste-t-il à perdre puisque vous perdez plus que votre chemise ?