L'autre jour, j'ai revu ce film au cinéma. Je dois dire, au risque de choquer les fans de Mankiewicz (dont je fais pourtant partie) que La Comtesse aux pieds Nus a un peu vieilli... Mais il a bien vieilli. Comme les rides d'une belle personne, ce film est marqué par le temps (couleurs sépia, un peu kitsch parfois) et offre de belles réflexions sur l'illusion du cinéma. Ce cinéma-là, celui de
Joseph L. Mankiewicz, n'est pas très optimiste en fin de compte. Jeu de masques, de vérités et de mensonges, partie de cache-cache, réflexions sur le pouvoir qui corrompt les relations et la vie tout simplement, l'on baigne en plein cynisme. Mieux encore, et c'est ici sa grande qualité (d'autres diront son défaut), comme dans Eve (mais
All About Eve était plus exceptionnel, me semble-t-il, et plus redoutable encore), le souvenir d'une virtuosité éblouissante au niveau des flashbacks (près de huit) et de cette maîtrise du langage qui laissent carrément pantois.
Tourné entre
Jules César et
Blanches Colombes et vilains messieurs, La Comtesse est son premier film tourné en toute indépendance (sa compagnie de production s'appelle alors "Figaro", ce qui en dit long sur son amour pour le théâtre...). Et justement, de théâtre parlons-en, ce film que j'avais vu il y a très longtemps à la télévision, de le revoir au cinéma m'a permis de relever quelques faiblesses... Si la qualité du scénario est indéniable, il y a parfois, malgré tout, l'impression d'avoir à faire à un film un peu trop bavard.
Dans La Comtesse, Mankiewicz force le trait, et exagère les défauts de ses personnages (il a tout écrit).
Ava Gardner en est presque ridicule dans sa façon de se déambuler. A vouloir être parfait (le côté perfectionniste de son auteur n'est plus un secret pour personne), l'auteur en oublie la simplicité et les ruptures efficaces. Pire encore quand
Edmond O'Brien prend la parole... On se souvient de cet acteur qui n'a pratiquement eu que des rôles de cabotin (cf. Les Tueurs de Robert Siodmak)... Je dois dire que là, il y a peut-être erreur de casting, et que la finesse n'est pas à son comble... Aussi, quand Ava Gardner danse, ses pas sont plus ceux d'un style oriental que ceux d'un style andalou et hispanique... Or elle est gitane au départ... Sinon,
Humphrey Bogart est parfait et ce film est bien entendu un classique qu'on aurait tort de bouder...