Quelques années après s'être donnée à la cause bonapartiste (La fortune des Rougon), Plassans a mal voté en élisant un député légitimiste et se trouve scindée en deux camps rivaux. Un mystérieux ecclésiastique, l'abbé Faujas, est dépêché de Paris pour rallier les nostalgiques de la royauté à l'Empire. Il s'installe chez François Mouret, commerçant retiré qui vit de ses rentes, et son épouse (et cousine) Marthe, née Rougon.
Ce quatrième roman des Rougon-macquart est aussi le moins lu de la série et c'est grand dommage car Zola est ici dans sa meilleure veine satirique. Aux prémices du roman, on croit assister à une relecture de Tartuffe, Faujas s'enkystant au sein de la famille Mouret tel l'illustre création de Molière. Mais ses desseins sont tout autres : desintéressé et myisogyne, c'est de pouvoir qu'il est assoiffé et c'est malgré lui (quoique sans s'y opposer) qu'il précipitera Marthe dans une spirale dévote qui ruinera la famille Mouret. Ce Faujas est une des grandes créations de Zola et c'est avec un immense bonheur de lecture que nous voyons cette figure inoubliable manoeuvrer au sein des coteries bourgeoises (les bonapartistes de la sous-préfecture et les légitimistes de M. Rastoil) et ecclésiastiques (étonnant et brutal pas de deux avec le vicaire général et l'évêque). Cependant, le meilleur tient à la lente décomposition de la famille Mouret sous l'effet de l'introduction de ce puissant corps étranger : les enfants sont les premiers exclus (Octave, futur héros de pot-Bouille et Au bonheur des dames, Serge et Désirée, de La faute de l'Abbé Mouret), avant que la mère tombe en religion comme d'autres tomberaient dans la passion amoureuse et précipite son mari dans la folie. La curée finale, qui voit les pique-assiette (la famille de Faujas) s'approprier le nid familial après expulsion de ses légitimes propriétaires, est d'une cruauté incroyable. C'est Antoine Macquart, l'oncle de François Mouret revenu de l'exil où l'avait expédié son demi-frère Rougon, qui donnera une conclusion inédite (et morale ?) à ce grand roman très sous-estimé, essentielle brique au sein de l'ensemble des Rougon-Macquart et principal vecteur des théories de Zola sur la folie et l'aliénation.