Voilà un petit livre bien instructif pour mieux comprendre à quoi correspond cette fameuse "économie de l'innovation" vers laquelle d'aucuns estiment qu'il est nécessaire de s'orienter pour renouer avec la croissance. Quoique Christian Blanc soit député apparenté UDF, le propos n'apparaît pas partisan ; l'homme parle plutôt comme un chef d'entreprise - ce qu'il a été d'ailleurs - soucieux d'améliorer le rendement de la France. J'ai bien apprécié la pédagogie dont l'auteur fait preuve pour dérouler son raisonnement, partant d'une démonstration de la nécessité de la croissance pour aboutir au fait que celle-ci tient essentiellement à notre capacité d'innovation ; on comprend enfin ce que le PIB vient faire là-dedans. Une analyse comparative assez convaincante entre pays lui permet ensuite d'introduire la nécessité de créer des clusters - un regroupement physique d'universités, de laboratoires de recherche et d'entreprises où les pouvoirs publics se limitent à jouer le rôle de facilitateurs -, ce qui débouche sur une autre nécessité, celle de réformer l'Université et la recherche en France en jouant à fond la carte de la décentralisation ; un projet pour le moins ambitieux dira-t-on, mais Christian Blanc donne l'impression de bien maîtriser son sujet, et pour cause : il est l'auteur d'un rapport qui a inspiré la création des "pôles de compétitivité", version qu'il estime dénaturée des clusters et qu'il décrie pour cette raison.
Pour finir, je dirais que le titre augure finalement assez mal du contenu du livre. Christian Blanc développe assez rapidement, trop rapidement même, le raisonnement qui le conduit à considérer qu'il n'y a pas d'autres alternatives que la croissance ou le chaos. Le chaos, il résulterait de l'enflure de la dette pays dont il a contribué à mettre en évidence le montant astronomique en participant à la commission Pébéreau. Il évoque bien "une impasse de plus en plus proche" avant de préciser que "des réductions de prestation de service sont inévitables et la cohésion sociale menacée", mais on ne voit pas bien où se situe cette limite qu'il ne faudrait pas dépasser. Bah ! C'est finalement tout le problème du concept de dette pays : bel objet économique, personne ne semble aujourd'hui capable de le transformer en un objet politique en traduisant le risque collectif qu'il représente à l'échelle individuelle.