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"La déclaration" est l'histoire d'une adolescente, Anna, qui vit dans un futur proche, un monde utopique où la mort a été repoussée à tout jamais grâce un traitement médical quotidien. Les naissances sont donc interdites, à moins que l'un des deux parents ne consente à refuser le traitement, se condamnant ainsi à mourir un jour. Les enfants nés illégalement, les "Surplus" sont traqués puis parqués dans une prison-orphelinat, un Foyer, où il apprennent à se soumettre abjectement et à devenir Utiles - de futurs esclaves de maison pour les plus méritants.
Anna est l'un de ces enfants depuis l'âge de deux ans, âge auquel elle a été arrachée à sa famille pour apprendre à la haïr. Elle est si bien endoctrinée par les mauvais traitements, insultes et illusion de valeur donnée par ses brillants résultats en cours de cuisine, lessive, décorum, etc. qu'elle est devenu une responsable qui sera certainement bientôt placée chez des gens riches, comme bonne à tout faire. Elle a appris à se haïr, à se mépriser et à rechercher l'approbation dans la soumission totale. Un jour débarque au Foyer un garçon déjà très âgé, fraîchement cueilli par les Rabatteurs, qui ne semble connaître ni la peur ni la honte - mais la connaître, elle, Anna...
Si l'histoire semble prometteuse, le traitement de celle-ci ne m'a pas séduite. L'ambiance du Foyer manque de subtilité pour générer de l'émotion vraie. Le début du récit qui place le décor m'a énormément fait penser au pensionnat de Jane Eyre (il aurait suffi de remplacer "surplus" par "orpheline pauvre") mais sans les nuances, hélas. Par la suite, les descriptions surabondantes des maltraitances et le côté caricatural de celles-ci, ainsi que les références incessantes aux surplus, à leur place et à leur état honteux m'ont lassée bien avant la fin du livre. La narration est très redondante.
Le scénario est parfois grossier, comme pour l'accès à une salle de bains avec baignoire où l'on peut s'enfermer - parce que cet élément est indispensable au déroulement de l'intrigue - alors qu'un tel "luxe" est inimaginable au regard de l'organisation générale du Foyer (dortoirs sans chauffage, eau froide, nourriture chiche et dégoûtante, manque d'hygiène général, etc.).
Les éléments de surprise sont affreusement convenus, tout a un parfum de déjà vu, on s'ennuie un peu, même si l'ensemble se lit bien.
Les personnages mauvais, en particulier la directrice, Mme Pincent, sont ratés, trop méchants, trop cruels. La justification de l'état d'esprit de cette dernière m'a paru gauche, stéréotypé, presque ridicule. L'état d'esprit des élèves (la maltraitance induisant un profil sadique et une absence total d'empathie pour les autres) est un peu mieux réussi.
Le personnage d'Anna, bien campé au départ dans sa psychologie d'enfant maltraité, abusé et manipulé, vire de bord brutalement, sans aucune crédibilité. Il y a bien un élément déclencheur, mais l'évolution préalable de la jeune fille (de la conviction profonde, profondément ancrée depuis plus de dix ans d'être abjecte et n'ayant aucun droit à la vie) vers l'espoir de mériter autre chose n'est pas convaincante.
De même, l'éveil de ses sentiments pour le jeune garçon, Peter, tombe comme un cheveu sur la soupe. L'auteur affirme là où elle aurait dû nous faire ressentir.
Le cadre a été travaillé du côté politique et économique, il y a quelques idées, comme celle d'un traitement empêchant la mort mais pas le vieillissement, mais c'est bien maigre. L'émotion ne passe pas.
J'ai bien conscience du fait que mon avis aurait été bien moins sévère si j'avais lu ce livre il y a une trentaine d'années, mais je demeure convaincue aujourd'hui, alors que je lis toujours avec autant de plaisir des livres ciblés "jeunesse", qu'un bon livre doit être universel. L'illustration de couverture est pour moi la seule réussite de "La déclaration".
J'ai d'ailleurs lu récemment deux histoires sur un thème semblable, bien mieux réussis et bien plus émouvants,
Passeur, le et dans un genre encore plus proche,
Delirium - Tome 1.