Grand admirateur de Bove, sa plume ressemble à celle de ce dernier, c'est à dire qu'il y a un dépouillement évident dans l'écriture, ce qui donne une lecture déroutante, d'apparence facile sans l'être dans le fond ni vraiment dans la forme non plus. Ces phrases simples sont contruites avec intelligence et finesse. Dans « La femme gauchère, » écrit en 1979, Handke s'attaque à un sujet bien contemporain : la libération d'une femme mariée. Dans ce roman, une femme demande à son mari de partir, de la laisser seule avec leur fils de 8 ans. L'homme obtempère, s'en va. La solitude s'installe, il faut la dompter, il faut la comprendre. Les gestes simples deviennent importants, essentiels, et au cours de ces changements, de cette transition, la femme devient une autre. L'écriture est déroutante, le récit l'est aussi, je crois que c'est un livre qu'on aime ou qui laisse indifférent. J'ai retrouvé un peu de Bove et un peu de Kafka dans le texte, en moins réussi sans doute, mais ça n'élimine pas le livre de la liste de ceux qui valent la peine d'être lus ! « La femme gauchère » a intéressé Wim Wanders, qui en a fait un film avec Handke, et un jeune acteur, Gérard Depardieu, y a joué. Le film est aujourd'hui introuvable. Dommage, j'aurais bien voulu le voir, moi, car il est vrai que le livre offre un bon scénario de base. (