Avant de lire "la femme des sables" j'ai vu le film qui en a été tiré et ça m'a aidée à suivre l'épopée insolite du héros. Dans le film nous appréhendons l'histoire de l'extérieur et dans le livre nous suivons pas à pas les pensées de l'homme. Il s'agit d'un homme qui, ayant pris un congé pour partir chercher des insectes vivant uniquement dans le sable, se retrouve hébergé (le dernier bus étant parti) par une veuve qui habite une maison de bois construite dans un trou la dune et chez laquelle on le fait descendre par une échelle de corde. Au matin, l'échelle n'est plus là et l'homme est prisonnier et de la femme et des villageois. Il se rebelle, renâcle, peste, tempête, menace, essaie en vain d'attendrir les durs à cuire du village qui apparaissent la nuit au bord du trou. Petit à petit il lui faudra participer à cette vie étrange consistant à lutter contre l'élément sable en l'évacuant la nuit dans des récipients que les villageois remontent par une corde et qui sera revendu illégalement (ce sable contient du sel) pour la construction. Bien sûr il a des relations sexuelles assez brutales, comme punitives avec la femme (elle n'a pas de nom), bien sûr il parvient à sortir du trou et manque son évasion comme tous les autres qui vivent, apprenons-nous dans d'autres trous, avec d'autres veuves l'ont manquée avant lui. Le temps passe monotone avec l'écoulement perpétuel du sable qu'il faut dégager pour n'être pas enseveli. Lutte vaine et apparemment inutile. Un jour, l'homme découvre de l'eau au fond d'un seau qu'il a enfoui dans le sable et toutes les réflexions qu'il est amené à faire (pourquoi? comment? etc.) donnent un sens à sa vie. Un soir, la femme envers laquelle il est enfin gentil fait une fausse couche et les villageois la remontent pour la conduire à l'hôpital. Ils laissent l'échelle que l'homme ignore volontairement après être remonté respirer hors du trou. Il a compris que, du moment qu'il a un but, qu'il l'accepte, peu importe le lieu où il vit et il reste. C'est un roman philosophique qui pousse presque jusqu'à l'absurde les réflexions sur le condition humaine. Le traducteur adopte un style surprenant, presque précieux, auquel je me suis habituée et que finalement je trouve bienvenu car il distancie le récit en le plaçant d'emblée ailleurs dans l'espace. Un travail à coup sûr difficile et passionnant. Bravo à lui.