Un bon Brussolo, j'ai bien aimé cette approche cinématographique dans le déroulement du récit, le fait d'entrer de plein pied dans une histoire qui semblait attendre que vous la rejoigniez, aux côtés de personnages déjà placés au coeur de l'intrigue. Les ambiances sont variées dans ce bouquin, elles me rappellent un peu celles de X files et de la Quatrième Dimension. Il y a d'une part l'angoisse que provoque l'immensité du désert, sa chaleur écrasante, le décor se situant au coeur d'une réserve indienne, à quelque distance d'une ancienne piste de décollage de l'armée, appellée l'autoroute Zéro, et au milieu duquel l'héroïne s'interroge sur la disparition de son frère et de son compagnon (disparus dans le désert, donc). Et puis il y a l'autre partie, où, sans rentrer dans les détails pour ceux qui voudraient lire ce livre, l'on se retrouve plongé au coeur de la fin des années 40, au milieu d'un décor type petite ville américaine en apparence inoffensive et où tout le monde sourit en permanence, mais où une menace sous-jacente se fait irrésistiblement sentir. L'histoire, c'est celle d'une fenêtre jaune qui s'ouvre au-dessus de l'autoroute évoquée plus haut. Il y a un monde d'un côté, un de l'autre, une idée classique et qui soulève ses questions, simples : Comment apparaît-elle ? Pourquoi ? Où mène-t-elle ? Et c'est là que réside le génie de Brussolo, dans le fait que ces idées archi-éculées dans le genre prennent sous sa plume une tournure vraiment originale, complètement dingo, riche en explications farfelues, en détails délirants et super crédibles. Quant aux personnages, pas très originaux non plus, parfois assez clichés, mais j'ai l'impression que c'est vraiment volontaire et pour coller parfaitement au genre - type revue de science-fiction des années 50 - qui laisse presque l'impression que ce roman aurait pu faire une très bonne B.D, ou un livre avec des illustrations, car visuellement l'univers de cette histoire est très riche, et le récit très stylisé. Les noms des personnages sont excellents : Mitch Babylonios, Ziggy Starboy, Cassidy, Tomosh-Amak. Si je devais adapter ce bouquin au cinéma, j'offrirai le rôle de Babylonios à Jeff Bridges, que j'ai eu en tête en lisant. Personnage macho, sans gêne, brute, mais rassurant, drôle, un peu cinglé sur les bords, le genre de type qu'on aime avoir près de soi quand ça va mal. Cassidy, c'est la jeune femme simplette, dans son monde à elle, dépassée par les évènements, petite fille perdue, déboussolée et un peu naïve, mais assez attachante et plutôt courageuse, parfaite pour le décor dans lequel elle évolue. Bref voilà, j'ai passé un bon moment, comme toujours avec les romans de Brussolo, même si celui-là n'est pas mon préféré, j'y ai trouvé ce que j'obtiens toujours avec cet auteur : de l'originalité, du génie, du délire, des frissons, de l'angoisse - il a cette capacité de vous embarquer à cent à l'heure dans un autre univers sans vous ennuyer une seule seconde.