Ce film de David Lean, un très long métrage est réalisé en 1970, après
Le Docteur Jivago(1965),
Lawrence d'Arabie (1962),
Le Pont de la rivière Kwaï (1957) ; ces trois derniers films, très longs métrages également avaient connu un succès retentissant. David Lean y présentait des hommes puissants (militaires britanniques, russe riche), des hommes d'honneur qu'une faille liée à leur force de caractère a conduit vers un destin tragique..."le docteur Jivago" amorce pourtant un virage, où l'expression des tragédies présentées par le réalisateur montre cette faille chez l'homme sous la forme du désir, de la passion à assouvir...Les films suivants, celui-ci et "la route des Indes" (1984), s'interrogent sur le désir chez la femme...ce désir impérieux qui aboutit au drame dans l'un et l'autre de ces deux derniers films.
Robert Bolt, scénariste de Laurence d'Arabie, est aussi celui de cette belle histoire, filmée dans le cadre merveilleux de l'Ireland qui offre de superbes images : belles plages, falaises noires, nature sauvage.
-sous un soleil plein de douceur qui rend la mer changeante, d'un bleu à un un mauve voilé estompant le sable...
-avec le sable fin, traitre qui dévoile les pas des amants maudits...
-avec les tempêtes aux vagues se ruant sur des falaises anthracite, témoignant du mal à venir...
-avec le vert profond des sous bois, tapissés du bleu de jacinthes sauvages...
Filmé lentement, la caméra de David Lean s'attache à nous montrer les expressions des visages... Expressions qui parlent plus que les dialogues réduits au strict nécessaire.
Des dialogues percutants pourtant entre un prêtre directeur des consciences et :
-Rose (Sarah Miles), la fille de Ryan, la femme de Charles, l'instituteur...
-Charles (Robert Mitchum) qui avoue son malheur en s'observant lui même, plus qu'il ne juge la jeune épouse.
-Michael (John Miles), le simplet, muet, que ce prêtre protège, dirige...
-La foule des monstres aux préjugés, la foule prête à lyncher...
Ce curé omniprésent, efficace, humain n'évitera pas le drame...
Des dialogues sans paroles aussi, avec les corps ceux des amants maudits...
Un dialogue avec sa conscience, celui du traitre qui sauve sa peau en laissant accuser sa "princesse".
Mais ce qui est au coeur de ce film c'est l'étude de l'attirance...
-elle est présente chez Charles qui la cache, pour son malheur, à sa jeune épousée...honteux de sa différence d'âge. Une attirance et des gestes que sa jeune femme réclame sans le dire.
-elle est présente chez Rose qui soupire, qui s'impatiente, qui attend de jouir...déçue par le mari, comblée par l'amant mais frustrée par la situation et en conséquence détruite par la foule des pudibonds...
-elle est décrite par le prêtre qui voit tout, qui dit tout, qui absout tout et qui ose à la fin offrir une solution salvatrice.
Cette attirance, ce désir sexuel sont aussi présents chez les hommes et les femmes de la foule qui ne demandent qu'à "profiter", s'en "repaître" ou détruire ce spectacle du bonheur sexuel...
Un très beau film à voir et revoir
Le dvd est agrémenté de bonus où l'on voit l'actrice en parler, 25 ans après et aussi notamment la famille du réalisateur et celle de Robert Mitchum etc...