« La Fille mal gardée » est le plus ancien ballet à être régulièrement donné sur toutes les scènes du monde, puisque sa création remonte à 1789. C'est aussi le premier ballet qui mette en scène de simples paysans (et non des princes ou des dieux). Évidemment, ce que nous en voyons aujourd'hui est très différent de la version originale : musique souvent remaniée (où l'on reconnaît des airs de Rossini, entre autres...), nombreuses chorégraphies...
Le version de Frederick Ashton, depuis sa création en 1960, s'est imposée un peu partout (et jusqu'à l'Opéra de Paris). Elle a le grand mérite de reprendre le meilleur de la tradition (version russe de Petipa, entre autres...) en ajoutant un peu de modernité (par exemple, la danse en sabots s'inspirant des claquettes) et beaucoup d'humour très « british ». Le chorégraphe a travaillé étroitement avec l'arrangeur pour que la partition « colle » exactement à l'action, comme une musique de dessin animé. Il en résulte un spectacle aussi délicieux que drôle, dans des décors dessinés qui font penser aux illustrations d'anciens livres pour enfants. La chorégraphie est pleine d'invention (le coq et ses quatre poulettes, l'utilisation récurrente des rubans, à la fois comme lien amoureux, lien familial et lien social...). Du début à la fin, c'est frais et enlevé.
Ces qualités de la mise en scène et de la chorégraphie sont surtout défendues par quatre formidables danseurs-acteurs, dans des rôles qui laissent une part exceptionnelle à la pantomime. Carlos Acosta et Marianela Nunez sont de parfaits jeunes premiers, prenant visiblement autant de plaisir à jouer à la comédie qu'ils en ont à montrer leur brillante technique. Acosta est athlétique et conquérant, Nunez vive et spirituelle, et leur présence est énorme. Mais le couple comique qui leur fait contrepoint (la mère et le prétendant stupide) mérite aussi tous les éloges, car il n'est nullement facile de danser comiquement. Le corps de ballet n'est pas toujours irréprochable, mais cela n'a aucune importance : on n'est pas au « Lac des Cygnes ». Enfin, le tout est globalement bien filmé, ce qui parachève le plaisir du spectateur.