Saisir l'indicible, voila l'exploit que réalise Raymond Depardon. Au fil des pages on reste littéralement subjugué par ces instantanés de la vie sur ce territoire, si riche. Tout l'art du photographe est de nous projeter dans une France intemporelle, qui pourtant tend à disparaitre sous le rouleau compresseur de l'uniformisation qu'est la mondialisation. Il utilise pour cela une chambre, appareil statique et contraignant
Au premier abord la couleur des clichés est surprenante, le photographe a longuement hésité pour le noir et blanc avant de se fixer sur la couleurs. Ce parti prix, est finalement délicieusement désuet, genre nappe en toile cirée à carreaux rouges et blancs. Si aucun cliché n'est à délaisser, Certaines photos sont véritablement exceptionnelles, le vieillard sur le pas de la porte du petit pavillon baptisé "Ch'tiot et nous" est un effroyable abime de solitude, comme si l'univers du locataire s'arrêtait au pas de la porte.
En règle général il y a très peu de personnages, comme s'il fallait se focaliser sur le décor ou alors un solitaire donnant du poids à la photo, pourtant Depardon nous a habitué aux mouvements, ses reportages de guerre en atteste. De voir cette série de clichés de la France en voie de désertification dans les campagnes ou hors saison, c'est un peu se rendre compte que l'on est seul devant la mort.
Magnifique ouvrage, qui donne un aperçu de ce que l'exposition à la bibliothèque de France avait de grandiose.