Xerfi, premier institut d'études économiques privé en France, indépendant, est spécialisé dans la production de notes d'analyses sectorielles de réputation. Animé par Laurent Faibis, cet institut est actif sur le terrain de la sensibilisation des politiques aux sujets macro et micro-économiques, invitant régulièrement de nombreux économistes de tous bords, du très convenu, auto-s'imposant Jean-Hervé Lorenzi président du "Cercle des Economistes", aux remarquables Antoine Brunet, Jean-Michel Quatrepoint, Jean-Luc Gréau pour n'en citer que quelques uns. Il est bon, en ce régime encore d'actualité pour les idéalistes citoyens dont je suis, de démocratie, et non de ploutocratie européenne imposée (troïka), que la diversité des analyses et opinions puisse être représentée sur des sujets précis. Au lecteur de se forger son opinion, ayant été alimenté en données et réflexions qu'il n'a pas forcément coutume de lire dans la presse quotidienne et encore moins d'entendre à la télévision.
La quatrième de couverture présente l'enjeu de nos multinationales françaises qui "sont la principale force de frappe dont dispose le pays pour faire face aux défis économiques de l'après-crise." Se doter d'une politique industrielle volontariste est une nécessité à laquelle les pouvoirs politiques tentent de répondre (promotion des pôles de compétitivité économiques) mais en laissant béantes les défenses de nos positions : l'euro fort, politique prônée par l'insoutenable ancien administrateur représentant de l'Etat au Crédit Lyonnais avant et pendant sa faillite (il n'a rien vu a-t-il toujours prétexté - ce qui signifiait a minima une incompétence qu'il n'a cessé de démontrer par la suite), puis gouverneur de la Banque de France (alignement du franc sur le Deutsche Mark Fort) puis gouverneur de la BCE (Euro fort), Jean-Claude Trichet fut l'un des sicaires de la désindustrialisation française. Un Euro fort voulu par les politiques allié à un libre-échangisme sans frein (cf.
L'avenir du capitalisme de Jean-Luc Gréau et
La fin de l'eurolibéralisme de Jacques Sapir) avec les pays nouvellement intégrés à l'Europe pratiquant le dumping salarial et fiscal, et la Chine (dumping monétaire du Yuan sous-évalué depuis son entrée dans l'OMC en 2001 - cf.
La visée hégémonique de la Chine - L'impérialisme économique d'Antoine Brunet,
Mourir pour le Yuan ? : Comment éviter une guerre mondiale de Jean-Michel Quatrepoint) motivés par la vanité française - cette gloriole idéaliste qui se satisfait que les présidences de l'OMC, du FMI, de la BCE (plus maintenant) soient tenues par des Français - soutenue par une idéologie de la progression de notre société d'un stade industriel à un stade postindustriel de services postulés comme naturellement non délocalisables (erreurs et mensonges que la pratique a exposées avec les centres de recherche informatique au Bangalore, le traitement des comptabilités en République Tchèque etc.) ont conduit au résultat catastrophique suivant :
- Entre 2002 et 2009, l'industrie française a perdu 500.000 emplois
- "L'industrie représentait en France 22% de la valeur ajoutée en 1998, 16% en 2008. C'est la plus forte baisse (6%) de l'ensemble de l'Union européenne (3% en moyenne). Nous sommes actuellement au niveau de la Grande Bretagne dont on considère qu'elle a laissé se déliter son tissu industriel. En Allemagne, la part de l'industrie dans la valeur ajoutée a augmenté et atteint 30%" - Louis Gallois (p.46)
Le président directeur général de EADS souligne les maux de notre économie :
- une spécialisation internationale inadaptée - en dehors de quelques secteurs clés hérités des plans quinquennaux gaulliens précisé-je ; par opposition à l'Allemagne qui peut se permettre, ayant par ailleurs pratiqué une déflation salariale ces 10 dernières années, la conduisant, déloyalement, d'après Quatrepoint à être la "Chine de l'Europe".
- Une structure de coûts défavorable pour les entreprises : durée de vie au travail trop courte - "la durée du travail annuelle est inférieure à la moyenne européenne car nous rentrons plus tard que les autres sur le marché du travail et en sortons plus tôt"
- un tissu de PME trop étroit
- une faible articulation entre recherche publique et recherche privée : lancinant problème structurel français qui était déjà signalé dans les années 1970 - la France excellent en recherche fondamentale et très mauvaise en recherche appliquée qui est pourtant celle qui fait avancer les industries.
Faire en sorte que les multinationales restent françaises est une nécessité pour notre nation -une exception est à signaler à propos de Schneider dont le président Jean-Pascal Tricoire, par ailleurs président du "Comité France Chine", a délocalisé une partie de son état major en Chine et y a récemment déménagé avec toute sa famille... En effet nos multinationales alimentent un tissu de sous-traitants nationaux, hébergent les fonctions les plus rémunérées (je n'ose écrire "créatrices de valeur" mais pourtant le sujet est bien là).
Pour épurer le modèle, sanctionner fiscalement celles qui délocalisent les unités de production pour importer en France les produits, repenser également sur la fiscalité, le régime d'imposition des plus-values qui devrait être très élevé à court terme et nul à long terme afin d'aider les politiques d'investissement industrielles qui s'inscrivent dans le long terme (et non dans la séquence de la nanoseconde de l'actionnaire boursier), retrouver au niveau des états-majors des grandes multinationales cette pensée citoyenne d'exemple est nécessaire :
"Encore faut-il que quelques-uns des représentants des multinationales ne se comportent pas dans les instances patronales comme des lobbyistes, essentiellement préoccupés par les avantages fiscaux (retraites chapeaux, stock-options) d'une infime minorité. Là aussi, la vertu de l'exemple est essentielle dans une société qui n'a que trop tendance à se déchirer. Comment demander à la population de nécessaires sacrifices, si les dirigeants des grands groupes n'apportent pas, eux aussi, leur contribution à cet effort collectif." - Jean-Michel Quatrepoint, p.228. J'ajouterai aussi que le rapport de 1 à 20 entre le plus bas des salaires d'une entreprise et le plus élevé fut une des caractéristiques du succès social et industriel des "Trente Glorieuses". Quand ce rapport s'établit entre 1 et 250 voire plus, la question est posée d'une création de modèle social nouveau auquel les multinationales françaises doivent contribuer.
Défendre nos industries, ne pas dénigrer nos multinationales, repenser l'industrialisation de la France, militer pour le réinvestissement à long terme, défendre ses intérêts (protectionnisme de fait pour équilibrer les termes de l'échange, principe de réciprocité à exiger, ...), agir en notre qualité de citoyen qui est consommateur et travailleur, adopter comme les Allemands le réflexe de l'achat prioritaire national (sans le clamer sur les toits), retrouver le chemin de l'industrie (en abandonnant pour les élites des écoles d'ingénieurs, le monde en faillite de la finance de marchés) constituent des thèmes fondamentaux de notre sauvegarde future. Ils exigent un effort de conversion et de travail important, pourtant absolument nécessaire si nous ne voulons pas sombrer, "transformer Paris en un vaste musée et la France en un parc d'attractions, abandonner toute ambition. Voilà bien le risque que court notre pays. Saurons-nous collectivement résister à la tentation de Venise ? " conclut Jean-Michel Quatrepoint.