Si on me demandait de choisir entre Sunset Boulevard, Assurance sur la mort, et la Garçonnière pour le meilleur Wilder, je serais bien en peine de répondre. Mais ce dernier, en plus d'être brillant, est aussi le plus bouleversant. Attention aux yeux embués... de bonheur !
C'est en même temps une satire féroce du monde de l'entreprise, ou seule la putasserie la plus effrénée permet de monter petitement les échelons d'une bien sinistre carrière. Le génie de La Garçonnière est de virer subtilement, et avec une intensité inouïe, du burlesque sympathique au mélodrame déchirant. Peu à peu, le "héros" Baxter (campé par l'incroyable Jack Lemmon), à force de jouer la gentille serpillière mi-tarte mi-bouffonne, laisse peu à peu découvrir un personnage authentiquement tragique sous le double coup de l'échec répété et de l'amour sans issue face aux puissants cyniques, pleins de morgue et d'indifférence.
Le double réveil du petit commis et de la petite demoiselle d'ascenseur (Shirley MacLaine, géniale et craquante), enfin conscients de la vanité de leurs efforts dans la lèche aux puissants, sera tardif mais juste dans les temps. Nous ne sommes pas ici dans "Two Lovers", le récent chef-d'œuvre de James Gray, et une dernière pirouette de Wilder sauve le film du pessimisme le plus amer - qui eût été d'une tristesse infinie - et nous emmène dans les stratosphères du bonheur dignes des plus grands Capra.