Après Mickey 3D et Mick Est Tout Seul, déboule en 2009 une troisième version du groupe de Mickaël Furnon, agrémentée d'une subtilité typographique, MiCkey [3D]. Un album en forme d'apologie de la fuite, qui permet au groupe de mieux revenir. Avec ses nouveaux acolytes, Cécile Hercule, Fred Monaco et Manu Ventre, Mickey pointe à l'automne sa langueur monotone, en abordant des thèmes dans l'ensemble moins politisés (ou en tout cas plus discrètement) et plus personnels.
Musicalement ça sent le dadaïsme, le « fait-maison », et c'est encore l'enfance qui relie le tout. Ce point de vue, adoré par l'auteur, lui permet de passer sans accroc du surréalisme à l'hyper-réalisme. Deux superbes exemples
« Playmobil » et
« Je m'appelle Joseph » ouvrent d'ailleurs l'album.
Une fois passé le single
« Méfie-toi l'escargot » (marquant la frilosité de la maison de disques, qui a opté pour la chanson la plus ressemblante au tube
« Respire », de la bande à Furnon), on se rend compte du plus important. Cet humour noir et cette voix glaciale méritent leur place de choix dans la chanson française. Mis en valeur par des cuivres moqueurs ou un groove sale et dansant (
« A Montluçon »,
« La Fille du cannibale ») ils n'en sont que plus percutants.
Et puis des bulles d'air s'échappent du magma acrimonieux. Car de cette évasion, Mickey-Mickaël ramène des moments de bonheur furtifs. Guitare acoustique en bandoulière, il s'est fait dragueur au Québec, amoureux infantile pour
« Yula (Ma fiancée galactique) » et même, contre toute attente, chanteur vantant les charmes de la capitale et ses parisiennes (
« Paris t'es belle »).
Moins porté sur la peur du futur (que
Tu Vas Pas Mourir de Rire, en 2003) ou sur un passé festif (
Matador, en 2005)
La Grande Evasion, derrière son âpreté, donne à voir sa vraie douceur au fil des écoutes. Et si cet album laisse un goût doux-amer, c'est parce que comme dans la vie « personne n'est parfait sauf le bon dieu 'y paraît ».
Anne Yven - Copyright 2012 Music Story