Guerre et Paix est certes l'opéra le plus ambitieux de Prokofiev.
Ce dernier est découpé en deux parties bien distinctes : les six premiers tableaux décrivent la passion du Prince Adreï Bolkonsky pour Natacha.et la trahison de la jeune fille. La seconde partie de l'opéra nous narre l'invasion et la déroute napoléonienne.
Le lyrisme est discret et la grandeur imposée par la deuxième partie évite toujours la grandiloquence. Ce qui me frappe dans cette énorme partition c'est le montage presque cinématographique que nous impose l'auteur. Découpé en 13 scènes Prokofiev évite toute forme de lassitude. N'oublions pas que, à cette même période le compositeur était à Alma Ata avec Eisenstein pour composer la musique d'Ivan le Terrible.
D'ailleurs la merveilleuse mélodie de Koutousof comme celle de la fin de l'opéra se retrouve dans le film pour évoquer la grandeur d'Ivan.
Ce qui est également évident et que nous retrouvons dans toute son oeuvre, sauf celle de jeunesse, et encore, c'est le pouvoir de mélodiste du musicien accompagné par une orchestration toujours riche, toujours très inventive.
Comme l'affirmait Antoine Goléa : Trois notes de cet artiste et nous savons que c'est du Prokofiev. Ceci est suffisamment rare pour être souligné.
Devant cette oeuvre aux multiples entrés, aux choeurs omniprésents, aux déplacements de foule permanents il faut une mise en scène qui tienne le souffle de la partition.
Fracesca Zambello s'acquitte de cette tache avec brio.
L'orchestre de Paris sous la houlette de Gary Bertini, sans atteindre, à mon sens, la fulgurance du Kirov de Gergiev (nettement moins bien enregistré) , tient parfaitement son rang. Les choeurs se couvrent de gloire... Et ce n'est pas une mince affaire. !
Les chanteurs : si nombreux qu'il est impossible de tous les citer. Quelques coups de flashs sur la Natacha d'Olga Guyiakova pleine de féminité, le Prince Bolkonski de Nathan Gunn très émouvant, le Koutouzov d'Anatoli Kotcherga à la fois débonnaire et majestueux, sans oublier la prestation remarquable, du comte Pierre Bezoukhov campé par Robert Brubaker, personnage très attachant, sorte de fil conducteur, qui traverse l'opéra en s'interrogeant sur la justification de ce qu'il voit et vit.
Qualités techniques très soignées. Image 16/9 bien contrastées, bien définies aux riches couleurs. Son excellent surtout en DTS.
Un bonus de 79 minutes qui montre bien le travail colossal de Fancesca Zambello.
Merci à l'Opéra de Paris pour cette belle réalisation d'une oeuvre trop rare à la scène!