J'ai peut-être mis plusieurs semaines à lire LA GUERRE ET LA PAIX, le roman qui pour la plupart des gens incarne l'idée même de pavé ; d'ailleurs j'ignore comment certains font pour le dévorer "en un week-end", comme ils le prétendent ; mais l'oeuvre m'est vite apparue comme le roman total. Des personnages auxquels on s'identifie passionnément, des amours auxquelles on participe corps et âme, et une puissante énigme philosophique qui innerve tout le livre : comment se fait-il qu'à l'échelon individuel nous ayons l'impression de gouverner notre existence, d'agir notre destin, alors qu'à l'échelon des sociétés la volonté de l'individu, fût-il Napoléon, ne compte pour rien, - les événements, les évolutions étant mues par leur propre logique, leurs propres lois ?
La traduction Schloezer (qu'on ne trouve aujourd'hui qu'en Folio, en deux volumes) est la meilleure de toutes celles qui sont disponibles à ce jour ; la plus vivante, et la plus exacte : pas de phrases mutilées ou ôtées comme dans d'autres éditions. À peu de chose près ce que la traduction Markowicz est pour Dostoïevski.