Présentation de l'éditeur
Dans léducation selon Fénelon, les contraintes de létude devaient être masquées sous les apparences de la liberté et du plaisir. La fiction littéraire étant, selon lui, le premier des plaisirs éducateurs, cest dans cette perspective que furent composés pour le prince non seulement le grand roman des Aventures de Télémaque, mais aussi quelques dizaines de Dialogues des morts à limitation dun genre littéraire antique. Deux de ces Dialogues concernent la peinture qui était, avec le dessin, une des matières que devait connaître un roi de France. Le héros en est Nicolas Poussin (mort en 1665) . Dans le premier dialogue, il converse avec lun des plus fameux peintres de lAntiquité, Parrhasius, et dans le second, avec Léonard de Vinci. Le cur de chacun de ces dialogues fictifs est constitué par la description dun tableau bien réel, entreprise par Poussin à lusage de son interlocuteur de lautre monde : le Paysage avec les funérailles de Phocion (aujourdhui au musée de Cardiff) et le Paysage avec un homme tué par un serpent (à la National Gallery de Londres).
Dans ces deux dialogues, passablement négligés par les historiens de lart, Fénelon a fait uvre plus originale et moins inféodée aux critères académiques de lépoque de Colbert quon ne la cru. Ils constituent en fait un témoignage de première main sur la survie et lévolution du « poussinisme » et de lidéalisme classique à lheure où triomphaient à lAcadémie royale, Roger de Piles et les « curieux », amateurs et collectionneurs dont lidole était Rubens. Mais surtout, on peut montrer que les deux tableaux de Poussin nont été choisis ni au hasard ni par simple commodité pour servir de support à la leçon de peinture du duc de Bourgogne. De tous les tableaux disponibles du peintre philosophe, ils étaient sans aucun doute les plus propres à nourrir la méditation de celui dont la mystique de Fénelon, de Mme Guyon et de leur cercle, voulait faire le régénérateur du royaume de France et, plus profondément encore, le jeune berger qui conduirait le peuple »très chrétien » dans les verts bocages du royaume de Dieu.