Critique
« Au huitième album, je me dis que ce ne serait pas mal que ceux qui ne m’aiment pas puissent un jour m’aimer ». C’est dans une ambiance vert d’eau, voulue par la photographe et vidéaste Maria Mochnacz (dont les travaux précédents ont illustré la musique de Robert Plant, ou celle de PJ Harvey) que s’avance ce disque de Dominique A(né), depuis le début des années quatre-vingt-dix involontaire chef de file d’une troupe bigarrée qui, de Françoiz Breut à Keren Ann, en passant par Miossec ou Jeanne Balibar, tente d’adjoindre un peu de littérature dans le rock, à moins que ce ne soit le contraire.
La Musique s’est également nourri de cette solitude relative de l’artiste de fond, le Nantais retrouvant ici, et seize ans plus tard, le fonctionnement autonome (enregistrement à la maison, mixage avec le seul Dominique Brusson) de son premier album (au siècle dernier). Le son général du disque prend l’exact contre-pied des tics redondants d’une actuelle frange des chanteurs hexagonaux (feux de bois, bois des guitares, guitares naturelles), succombant aux charmes de quelques claviers de bric et de broc, de boîtes à rythme sèches et ahanantes, et de l’atmosphère clinique d’un son digital, précis et implacable. On a ainsi parfois le sentiment d’avoir samplé par accident quelques mesures de
« Joan of Arc » (Orchestral Manœuvres In The Dark) dans le pont de
« Nanortalik », de se rapprocher des déchiffrages percussifs de Gainsbourg (circa
Melody Nelson dans
« Je suis parti avec toi »), ou de retrouver dans la chanson-titre les vagues d’un trip hop pionnier (vagues sonores crissantes comme des roulettes de dentiste, scansions étouffées). Mais cette typologie musicale à forte identité ne nuit naturellement pas au caractère humain de l’entreprise.
Qui débute par un constat de doute, voire d’échec (« J’ai tout essayé/J’ai pas trouvé le sens »), se poursuit par un autoportrait pudique et vindicatif (
« Hasta (Que El Cuerpo Aguante) »), et s’achève dans une prophétie presque romanesque (évocation des « villages d’eau claire/et la beauté des nuits profondes » in
« La Fin d’un monde »). L’élégance du désenchantement perdure, et la perspicacité du ton offre à cette musique pop des refrains sensibles, sensés, et solaires, comme une plénitude enfin atteinte.
Á noter que
La Musique est édité en version simple, mais également couplé avec un second volet (
La Matière), qui n’est pas commercialisé indépendamment, et qui est conçu comme
une auberge espagnole, avec des chansons très différentes les unes des autres.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story
Description du produit
Après les grands espaces de L'Horizon et le lyrisme de la longue tournée qui a suivi, Dominique A revient avec un disque enregistré en solo à la maison, comme l'était son premier album, il y a seize ans. Mais, entretemps, le jeune homme aux chansons décharnées est devenu un des talents les plus affirmés de la scène française. « C'est une formule qui vaut ce qu'elle vaut et je pense que je devrai la décliner à l'infini : quand on me demandait ce que j'étais en train de faire, je disais que je faisais La Fossette version Red Bull. » « Dans ce disque, il y a l'idée de revenir à un fonctionnement solitaire, à cette nuance près que maintenant il y a quelques personnes susceptibles de m'écouter. Et aussi que je ne veux pas jouer sur une fragilité, sur une neutralité du chant. J'ai voulu savoir ce que je peux donner maintenant, à domicile, avec des instruments qui ressemblent peu ou prou aux instruments que j'avais avant, et avec quinze ans d'expérience musicale. » DOMINIQUE A Autrement dit, La Musique dévoile un Dominique A à la fois plus singulier et plus accessible que jamais. Il a toujours ses mélodies qui sinuent en peu de notes, sa voix chaude au lyrisme un peu désenchanté, son regard oblique et incisif sur notre monde, on se fait saisir par des refrains diablement séduisants, on se trouve à la fin de l'écoute avec des airs plein dans la tête... Oui, ça ressemble à de la pop, mais une pop raffinée et brute à la fois, une pop enjouée, rigoriste, radieuse, nordique, mélodieuse, trapue, généreuse... En 1991, Dominique A produit un « disque sourd », 33 tours pressé à 150 exemplaires. Arnaud Viviant et Bernard Lenoir, sur Inter, tombent sous le charme. La première nuit de diffusion du single « Le courage des oiseaux » suscite des dizaines de réactions Minitel des auditeurs saisis : Dominique A vient de faire son entrée, assourdissante et confidentielle à la fois, dans le monde de la chanson française. Il a 23 ans. Depuis, sa notoriété n'a cessé de croître et son importance de se confirmer. Miossec, Yann Tiersen, Cali ou Delerm : tous se réclament de la gracilité farouche, mélancolique et ciselée du chanteur, véritable pôle magnétique ou repère cardinal.