Le 25 février 1999
Monsieur,
Tout a commencé le 15 octobre dernier. Il était minuit dix lorsque vous avez sonné. Je me suis levée, j'ai traversé le salon sur la pointe des pieds. J'ignorais qui était mon visiteur du soir ; tout me portait à croire que c'était vous. A mi-chemin entre ma chambre et la porte d'entrée, une latte a grincé. Nos cloisons ne sont pas épaisses. Sans doute m'avez-vous entendue approcher. Je ne savais presque rien de vous. La rumeur avait suffi à me bouleverser. Je craignais de vous rencontrer. J'ai attendu là, au milieu de la pièce. Il faisait froid. Je ne connaissais pas votre visage, je vous avais toujours évité. La semaine dernière encore, alors que je m'approchais du palier, j'ai entendu vos clés tourner dans la serrure. J'ai dévalé les marches, j'ai couru au bout d'un couloir pour ne pas vous croiser. Vous êtes passé sans me voir. Par précaution j'ai fermé les yeux. Cette nuit d'octobre, vous avez attendu de longues minutessur le palier. La lumière du néon filtrait sous ma porte. Je ne quittais pas des yeux cette rayure blanche, une meurtrière. Quelques minutes seulement, et puis il ferait noir. Vous partiriez. La lumière s'est éteinte. Vous êtes rentré chez vous. Quand vous avez tiré la porte, je suis revenue à mon lit. Je me suis couchée. Vous aussi. Vous étiez tout proche. Nos fronts auraient pu se toucher. Nous nous sommes endormis. Je n'ai jamais connu de vous qu'un univers sonore, où dominaient Mozart et votre violoncelle. Vous jouiez. Les voix chantaient. J'écrivais. Votre musique est dans ce manuscrit. À vous entendre j'ai eu peur de vous aimer. Je vous ai fui. J'ai écrit ce qui aurait pu être notre histoire. Ne me demandez pas pourquoi. Je ne vous demande pas pourquoi vous avez joué pour moi du violoncelle, chaque soir, pendant des mois. Quand vous aurez terminé votre lecture, je serai nue devant vous, et pourtant moins vulnérable qu'au soir du 15 octobre. Je n'aurai plus rien à dissimuler, pas même de l'amour. Avec ce manuscrit, je vous rends ce qui n'a pas été. Je sais quelle serait ma souffrance si je devais vous aimer. J'y renonce. Je ne vous demande qu 'une chose. Lorsque vous aurez refermé le manuscrit, asseyez-vous près de la cloison, le violoncelle entre vos bras ; jouez pour moi l'Élégie de Fauré. Je l'espère depuis des semaines. Ce soir, elle sera mon chant de deuil. J'attends.
Inès F., appartement 203
© Gallimard --Ce texte fait référence à lédition Broché .
Je ne savais presque rien de vous. La rumeur avait suffi à me bouleverser. Je craignais votre rencontre. J'ai attendu là, au milieu de la pièce. Il faisait froid. Je ne connaissais pas votre visage, je vous avais toujours évité. La semaine dernière, alors que je m'approchais du palier, j'ai entendu vos clés tourner dans la serrure. J'ai dévalé les marches, j'ai couru au bout du couloir pour ne pas vous croiser. Vous êtes passé sans me voir. Par précaution j'ai fermé les yeux.
Cette nuit d'Octobre, vous avez attendu de longues minutes sur le palier. La lumière du néon filtrait sous ma porte. Je ne quittais pas des yeux cette rayure blanche, une meurtrière. Quelques minutes seulement, et puis il ferait noir. Vous partiriez. La lumière s'est éteinte. Vous êtes rentré chez vous. Quand vous avez tiré la porte, je suis revenue à mon lit. Je me suis couchée. Vous aussi. Vous étiez tout proche. Nos fronts auraient pu se toucher. Nous nous sommes endormis.
Je n'ai jamais connu de vous qu'un univers sonore, où dominait Mozart et votre violoncelle. Vous jouiez. Les voix chantaient. J'écrivais. Votre musique est dans ce manuscrit. A vous entendre, j'ai eu peur de vous aimer. Je vous ai fui. J'ai écrit ce qui aurait pu être notre histoire. Ne me demandez pas pourquoi. Je ne vous demande pas pourquoi vous avez joué pour moi du violoncelle, chaque soir, pendand des mois. Quand vous aurez terminé votre lecture, je serai nue devant vous, et pourtant moins vulnérable qu'au soir du 15 Octobre. Je n'aurai plus rien à dissimuler, pas même de l'amour. --Ce texte fait référence à lédition Broché .
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3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile
3.0 étoiles sur 5
Fantasmes,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Note sensible (Broché)
D''emblée, le tout premier chapitre dévoile le fondement de l''ensemble du roman. Alors, après lecture, j''avoue que je me suis demandé si je n''aurais pas préféré ne le connaître qu''à la fin.La narratrice, jeune professeur provinciale, emménage dans un studio parisien pour des raisons professionnelles. Elle s''y retrouve assez vite esseulée loin de son cocon familial et se construit alors un univers onirique autour de son bien mystérieux voisin. Parce que personne dans l''immeuble ne semblait réellement connaître ce musicien dont les notes emplissent tout l''espace, la rumeur s''est emparée de ses m½urs. Quoi de plus attirant alors dans la tête d''une jeune fille que d''essayer de construire la vie de ce mystérieux personnage en puisant dans la fosse des commérages et les bribes d'informations qui lui sont communiquées. Entraînée, voire envoûtée par les notes incessantes qui traversent les minces cloisons la séparant de cet énigmatique voisin, Inès monte l'une après l''autre les briques d''une utopie. Durant la lecture de ce livre, j'ai eu comme la sensation de replonger dans les méandres de l'adolescence. Une période de quête intérieure où le monde qui nous entoure ne suffit pas toujours à assouvir sa soif d''aventure et où le meilleur moyen d''étancher ce besoin n''est autre que de s''inventer un univers. Moyen idéal aussi de se préserver sans avoir à affronter la réalité et à s''engager. L''écriture est fluide, elle coule sans embûches dans un style épuré, un peu trop peut-être. Il lui manquerait ces petits plus d''originalité et de relief qui plantent un tant soit peu quelques pistes de questionnement dans l'esprit du lecteur. C'est une histoire qui baigne dans des pétales, un livre très facile à lire. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
un émouvant roman musical,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Note sensible (Broché)
Quelle jolie histoire ! j'ai été complètement séduite par l'écriture pleine de charme et de sensibilité de Valentine Goby.Dès les premières lignes, les premiers mots, on s'attache à Inès, cette jeune professeur qui vient de quitter sa Normandie pour s'installer à Paris enseigner l'anglais à des chanteurs et musiciens au Conservatoire de musique de la Villette. Elle emménage au quatrième étage d'un immeuble, dans un appartement inoccupé depuis trois ans où elle fait connaissance de Mme Petit, la gardienne, qui lui vante les mérites de son logement, malgré une très mauvaise isolation phonique qui en a fait fuir plus d'un ! Elle lui affirme qu'elle sera en agréable voisinage avec Monsieur Vendello un quinquagénaire italien passionné de violoncelle et de Mozart. Pour retrouver un peu la douceur et la verdure de sa campagne natale, elle capitonne du sol au plafond son appartement de plantes vertes et la voilà prête à affronter la vie trépidante de Paris. Dans l'immeuble, la vie privée de Vendello suscite beaucoup de rumeur, chacun y va de confidences prétendument reçues de l'intéressé, tout le monde se captive pour cet homme trop discret. Même Inès chez qui le son du violoncelle ne dérange pas, bien au contraire, elle l'aime l'écouter, l'imaginer jouer pour elle, cette silhouette d'homme enlaçant de sa peau brune cette grosse caisse en bois, en secouant ses boucles grises à chaque crescendo. Dans ce chassé-croisé elle s'invente la vie qu'elle pourrait vivre avec cet homme au mystérieux passé de ténor. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile
2.0 étoiles sur 5
la note s'essouffle trop vite,
Par Laure (Sarthe, France) - Voir tous mes commentaires (COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR) (TOP 50 COMMENTATEURS) (TESTEURS)
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Note sensible (Broché)
Inès a un voisin qui joue du violoncelle et les cloisons ne sont pas bien épaisses... Une nuit qu'il frappe à sa porte, elle se lève mais finalement n'ouvre pas.Elle écrit ce qui aurait pu être leur histoire d'amour, car elle est vite tombée amoureuse de cet homme qu'elle n'a jamais vu et de sa musique. Le livre commence sur la lettre qui accompagne le texte qu'elle lui envoie, tout le reste est cette histoire qui aurait pu être. ça démarre bien et on y croit, c'est vivant, plaisant, agréable à lire. ça coule tout seul, c'est simple, peut-être un peu trop. Presque lisse et fade. J'ai avalé les 100 premières pages d'une traite. Et puis, je me suis enlisée. Je me suis ennuyée tout à coup, ça n'évoluait plus, ça ronronnait, il ne se passait plus rien. Je l'ai fini dans la déception, histoire d'aller jusqu'au bout mais sans passion ! Dommage. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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