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Mais que se serait-il passé, qu'aurait-il donc pu advenir, si au contraire Hitler avait été reçu aux Beaux-Arts comme apprenti peintre méritant ? À partir de cette question, de cette infime infinie possibilité, bascule l'Histoire dans son entier. S'ouvrent le doute, l'espoir, l'incertitude. L'imaginaire surtout, en la matière de cet étonnant roman où, fidèle à ses habitudes, l'auteur parvient – sur une idée plutôt convenue – à filer une trame aussi haletante que vertigineuse. Alternées tour à tour, défilent en effet sous nos yeux deux vies que tout oppose, en fonction de causes initiales radicalement opposées. D'un côté le clochard, le caporal à la Croix de fer, le dirigeant du parti national-socialiste fan de l'opéra wagnérien Rienzi, le dictateur misanthrope dément dont le romancier développe une biographie dûment renseignée. De l'autre, Adolf H., jeune homme soigné par Freud pour ses troubles sexuels (une belle rencontre, sur laquelle plane en clin d'œil le fantôme de la célèbre pièce de Schmitt : Le Visiteur !), peintre de l'école surréaliste du légendaire Montparnasse parisien, ardent défenseur du sionisme…
On passe d'un Adolf à son double comme on verse du rire aux larmes, du sérieux à la plaisanterie, de la paix à la guerre (à noter : une belle symétrie croisée lors des descriptions des ravages de la guerre de 14-18). Au carrefour de ces trajectoires où se rejoignent comédie et tragédie, l'écrivain laisse place à de seyantes définitions philosophiques (pays/nation ; amour/amitié ; égoïsme/égocentrisme) qui éclairent dialectiquement la part d'ombre abritée par le cœur humain. En vérité, qu'elle soit "maudite" ou divine, savoir admettre "la part de l'autre" dans la constitution de l'image ou du destin de chacun, c'est toujours privilégier l'ouverture du dialogue par essence démocratique sur le repli du monologue totalitaire. Une leçon que l'humanité (hélas ? tant mieux ?) n'a pas fini de méditer. --Frédéric Grolleau --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
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11 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Adolf H. : admis,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Part de l'autre (Broché)
"J'admets la part de l'autre dans la constitution de mon destin." écrit Adolf H., alter-ego uchronique d'Hitler, sous la plume de Eric-Emmanuel Schmitt, qui a réussi son examen d'entrée à l'Académie des Beaux Arts en 1908, lors de "la minute qui a changé le cours du monde"; Adolf H.: admis et non pas pas Adolf Hitler : recalé. A partir de cette minute, on suit le destin en parallèle de Adolf H. et de Hitler, celui que le monde -hélas- connait.Je dois reconnaître que j'ai été passionné par ce livre, déjà en amateur d'uchronie et d'histoire, et puis simplement en tant que lecteur. J'ai eu peur aussi que, Adolf H. s'en sortant mieux que son double réel -peut on faire pire ?-, l'histoire de Adolf H. devienne trop romancée, idéale, moralisatrice peut-être : on conçoit qu'il serait facile de faire du double uchronique un modèle, comme pour opposer le monstre à l'ange. Mais l'auteur ne tombe absolument pas dans le panneau, et -ce qu'il nous confirmera dans la passionnante postface- il fait même vivre les similitudes des deux hitlers qui après tout ont eu la même enfance, la même vie, jusqu'en 1908. Mais là où Adolf H. arrive à s'analyser, à progresser, à douter, à faire vivre la part de l'autre en la sublimant parfois; Hitler l'assassine, la séquestre, la réduit au silence pour mieux s'écouter. Au final on n'en ressort pas indifférent, peut-être mal à l'aise, peut-être moins certains, mais plus humains. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
40 internautes sur 43 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Intense, intelligent et beau...!,
Par chii "hinachii" (Toulouse) - Voir tous mes commentaires
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Part de l'autre (Broché)
Le point de départ de l'ouvrage est attractif : que se serait-il passé si Adolf Hitler avait été reçu à l'Académie des Beaux Arts ?En quoi cet « évènement » aurait été déterminant pour le reste du monde ? Ce monde aurait-il été meilleur ou pire ? Et que serait devenu ce jeune autrichien sans le sous mais plein d'espoir ? Le propos est simple, mais la prose, elle ne l'est pas... Elle est belle, délié, artistique, entraînante... Le constat, lui, n'est pas simpliste mais réfléchit, argumenté et enrichit par des recherches sérieuses. EE Schmitt pousse notre réflexion autant que nos émotions dans leurs retranchements les plus saugrenus... Il parvient à rendre Adolf H. passionnément attachant et Hitler désagréablement humain. La construction qu'à choisit l'auteur est assez simple mais ambitieuse : raconter tour à tour la vie de ces deux hommes qui ne font qu'un... Et EE Schmitt utilise tout son talent pour jongler d'un univers à l'autre sans perdre son lecteur en route. Il use d'une astuce ingénieuse : son écriture change selon qu'il parle du Hitler qu'on connaît ou de celui qu'on aurait aimé rencontrer ; son style évolue selon les situations historiques et personnelles rencontrées par les deux parts de « l'autre ». Non content de nous donner une réflexion philosophique sur l'Histoire, la guerre, la politique et le parcours d'Hitler, Schmitt se lance parfois dans un discours intelligent sur l'Art et sur l'Artiste. Je n'aurais jamais pris l'initiative de lire une biographie d'Hitler. Ce qui m'a attiré, c'est la part artistique que Schmitt a voulu explorer, c'est elle qui m'a poussé à en savoir plus sur ce dictateur antisémite. Ce qui m'a encouragé à lire ce livre, c'est réellement « la part de l'autre ». Rendue avide d'information sur Hitler, cherchant à comprendre ce qui l'a amené là où l'on sait, émue aux larmes ou aux éclats par Adolf H., je me suis lancée toute entière dans l'ouvrage. Le rationnel et l'émotionnel se confrontaient en moi à chaque fois que je basculais de l'insoutenable réalité à l'épatante fiction imaginée par Schmitt. Les deux histoires sont tellement intenses qu'on referme le livre avec difficulté. En effet, malgré les horreurs engendrées par Hitler, on peine à se détacher d'Aldolf H et des personnages qu'il aurait pu rencontrer.... Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
18 internautes sur 20 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Et s'il suffisait d'un rien,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Part de l'autre (Broché)
Avec Eric-Emmanuel Schmitt, nous ne sommes jamais déçus. Ce roman part d’un concept déjà connu mais fort intéressant qui consiste à imaginer ce que serait devenu un personnage si un évènement clé de sa vie ne s'était pas produit. Ainsi, E.-E. Schmitt se demande ce que serait devenu Adolf Hitler s’il avait été reçu à l’Académie des Beaux-arts de Vienne. L’ouvrage alterne entre histoire et fiction en nous faisant suivre le parcours du Führer et celui de l’hypothétique peintre Adolf H. Deux vies, deux parcours différents et deux destins aux antipodes. Cela ne nous fait pas pour autant trouver des circonstances atténuantes pour le bourreau du XXème siècle, loin s’en faut. C’est un ouvrage courageux dans la mesure où l’auteur s’attache à un personnage très singulier ce qui pourrait très vite être très mal interprété. Au final, le lecteur est comblé.
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