Les deux étoiles ne signifient pas un refus des interprétations antérieures à la vague baroqueuse. La Saint-Matthieu par Richter en 1958 ou même celle de Münchinger, ou les magnifiques solistes présents dans la Saint-Jean de Forster, peuvent encore, il me semble, nous faire participer à l'émotion de la mort du Christ. Mais il s'agit là de chefs spécialistes de cette musique. Ce qu'ont laissé les chefs d'orchestre "généralistes" (Karajan, Klemperer, même Jochum) est à mon avis moins intéressant, mais je ne saurais pas expliquer pourquoi.
Dans le cas de Klemperer, je n'ai jamais compris pourquoi sa Passion selon St-Matthieu était en tête des anciennes discographies. Autant les souffrances du Christ et les angoisses du chrétien ne gagnent guère à être chantées et jouées, comme c'est la mode, sur un rythme allègre et guilleret et avec un ton qui indique que les interprètes, non seulement ne croient ni en un dieu ni en un autre, mais encore n'ont jamais pensé que jouer, faute de la ressentir, la ferveur religieuse était aussi nécessaire qu'avoir des hautbois d'amour de la bonne époque, autant cet étirement, cette pseudo-grandeur empesée ne font pas participer au drame sacré sorti de l'imagination de Bach. Pour éviter ce qui est peut être un désintérêt trop personnel ou trop instinctif, j'ai comparé avec toute l'équité dont je me crois capable des extraits de cette Passion par Klemperer avec les mêmes dans les versions susdites. Et alors ? Alors, toujours pareil.
Certes, et cette concession est d'importance, il y a un ensemble de chanteurs qui constituent, réunis, le gotha du chant d'une époque : Elisabeth Schwarzkopf, Christa Ludwig, Dietrich Fischer-Dieskau, Nicolai Gedda, Walter Berry... Pour l'Evangéliste Peter Pears, qu'on trouve aussi chez Münchinger, je serai un peu moins élogieux, question de timbre, malgré son intelligence, dont je ne disconviens pas. A l'époque, il y avait Haefliger, Wunderlich... On peut apprécier cette version pour ses solistes, certes, mais pour Bach ? Je m'interroge...