2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Impressioniste, 18 janvier 2005
Le mélange des souvenirs qui affleurent dans l'errance du personnage forme un aggrégat qui peu à peu révèle la nature des êtres. L'écriture est volontairement lancinante, adoptant le point de vue d'une jeune adulte ou veille adolescente perdue et sans éducation et revivant un passé douloureux à la suite d'une rencontre.
Les fantômes d'une période qu'on devine coïncider avec l'occupation puis la libération reviennent hanter cette petite bijou sans que jamais la narratrice n'inscrive clairement son histoire dans le temps. Le flou des repères temporels contraste d'ailleurs avec la précision des espaces et des lieux dans le Paris d'après-guerre.
C'est la force (et la faiblesse) du roman que de travailler dans l'implicite, de construire une vie dans la superposition des plans, sans jugement, sans recul. On est à la fois séduit par le procédé et dubitatif sur le résultat : est-ce un miroir, une métaphore, un songe ? Esprits cartésiens s'abstenir, poêtes et mélancoliques y trouveront de quoi alimenter leurs rêveries.
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Le magnétisme mystique, 7 décembre 2009
Si l'on veut résumer ce roman en un mot, ce sera 'une oeuvre de l'impressionnisme littéraire'. Il y a trois éléments remarquables dans ce roman.
Premièrement, la lumière artificielle de Paris. C'est la lumière comme celle du néon vert de la pharmacie au bord du troittoir à coté de la rue dans laquelle l'héroine erre, celle du feux de signalisation rouge du carrefour en pleine nuit et celle du lampadaire jaune autour de la Gare de Lyon à la tombée de la nuit. Toutes cettes images du lumière éclairent dans la nuit surréelle. Elles sont mystiques, fascinantes en même temps mélancoliques. Le roman est plein de ces images de la lumière. On peut même dire que l'on voit le roman plutôt que l'on le lit. Je n'ai pas oublié cette lumière depuis que j'avais terminé le roman.
Deuxièmement, l'ambiance mystique des personnages. D'abord, la mère de Thérèse qui est héroine. Mais elle est vraiment sa mère? C'est pas sûr. Son manteau jaune, sa disparition dans un bâtiment de la banlieue et sa conversation dans un cabine téléphonique, ce sont très ambigus. Et un homme russe avec qui Thérèse a des relations. Il parle beaucoup de langues étrangères et écoute la radio en langue étrangère pour la translation. Est-il un agent secret ? On ne sait pas. Et puis une pharmacienne qui soigne Thérèse sans raison. Bien sûr, je ne peux pas omettre un parent de la fille dont Thérèse s'occupe pour gagner de l'argent. Tout ces personnages sont loin de ceux du monde réal. Ce ne sont pas realiste. Mais c'est pour cela que les lecteurs peuvent tomber dans un rêve fascinant.
Dernièrement, la vie mélancolique, silencieuse, ancieuse, désolée et errante de Thérèse. Elle a son enfance amère. Elle n'a pas de métier, pas de diplôme. Il n'y a pas d'amour, pas de hospitalité dans sa solitude sauf son ami russe et la pharmacienne. Après le rencontre avec une femme ressemble à sa mère dans le métro, elle est d'autant plus anxieuse que la lumière de Paris est plus sombre. Aucun espoir, aucune promise de l'avenir n'existe dans sa vie solitaire.
Tous ces éléments sont des choses banales mais mystiques, ambivalentes et surtout surréels. Oui, la surréalité de la chose banale, c'est le point essentiel. Dans un interview, l'autuer avait dit que "J'ai l'impression que la vraie réalité de cette chose se trouve dans cette surréalité. Il y a une sorte de phosphorescence qui ne vient pas forcément de moi mais qui vient de la chose elle-même."
J'aime bien les roman de Patrick Modiano. Leur magnétisme m'impressionne beaucoup. J'ai lu 'Dimanches d'août', 'Villa triste', 'Rue des boutiques obscures', 'Dora Bruder', 'Quatier perdue', 'Des inconnues', 'Accident nocturne', 'Du plus loin de l'oubli', etc. Je n'hésite pas choisir 'La petite bijou' comme le meilleur roman parmi les livres de Modiano que j'avait lus. Vous pouvez sentir ce qui est l'essence de l'art!!!
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4.0 étoiles sur 5
Errance, 23 novembre 2011
Ce texte est une errance dans Paris, et parallèlement dans la pensée de Thérèse qui, abandonnée alors qu'elle avait huit ans, pense reconnaître sa mère ( ou simplement son manteau jaune ?) dans le métro.
Modiano, c'est le joueur de flûte du conte : ses mots, sa musique nous entraînent bien loin, vers un univers, une ville, des lumières, au c½ur des pensées bouillonnantes d'une toute jeune femme désorientée à la recherche de ses racines, de ses souvenirs et de ses mots d'enfants ... Les personnages qui la croisent sont atypiques: le jeune homme qui parle vingt langues dont le travail est de prendre en sténo les émissions de radio étrangères, le couple de parents complètement déjantés qui oublient qu'ils ont une adorable petite fille et la pharmacienne de Bar sur Aube capable de raccompagner Thérèse chez elle et d'y passer la nuit sont autant de surprises pour le lecteur.
Un roman qui pourrait sembler bien sombre mais que Modiano nous livre avec beaucoup de délicatesse et de mélancolie.
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