Dans ce tableau envoûtant, équivalant l'oeuvre d'un Hieronymus Bosch, Jean Delumeau peint d'une manière magistrale l'univers social, psychologique et idéologique du Moyen Age et de la Renaissance. Son tableau analyse l'eschatologie (les prophéties de la fin du Monde), l'omniprésence de Satan et ses acolytes (Turcs, Juifs, femmes), les sorcelleries (Malleus Malleficarum) et le comportement et les rêves quotidiens de la population.
La 'vie' de la grande majorité de la population était un cauchemar quotidien : l'angoisse de la mort, de la guerre, de la famine, des maladies, des bûchers, des armées en mutinerie et des classes dirigeantes avec leur pouvoir absolu.
Au Moyen Age et lors de la Renaissance, une culture de chrétienté se sentait menacée par un climat profondément marqué par des pestes, disettes, révoltes, l'avance turque et la sécession protestante. 'Les dirigeants de l'Eglise et de l'Etat se trouvent plus que jamais devant la pressante nécessité d'identifier l'ennemi : Satan, qui, par sorciers et surtout sorcières interposés, perturbe la vie quotidienne en envoûtant hommes, bêtes et récoltes.'
Cette période était également caractérisée par une intrusion massive de la théologie dans la vie quotidienne et par le gouffre, qui séparait le troisième état des deux autres (la noblesse et le clergé) : 'Thomas More affirmait que la pauvreté du peuple est la défense de la monarchie. L'indigence et la misère enlèvent tout courage, abrutissent les âmes et les oppriment au point de leur ôter toute énergie pour secouer le joug.'
Ce livre contient des commentaires brillants, entre autres, sur Thomas Müntzer (le Bundschuh), la Révolution française et les événements de Mai 68.
Il constitue une analyse magistrale soutenue par une bibliographie monumentale. Elle évoque une période barbare, inhumaine et cruelle, qui, en fait, dans la longue histoire de l'humanité ne se situe pas tellement loin derrière nous.