Erika Kohut est professeur de piano au conservatoire de Vienne, après avoir échoué à un concours qui lui aurait permis d'accéder à une carrière plus brillante de concertiste.
Et pourtant ! Après tous les sacrifices et l'éducation scrupuleuse dispensée par sa mère qui se plait à lui rappeler cet échec ! Car, à 36 ans Erika vit toujours avec sa mère et pire encore, elle dort depuis toujours dans le lit maternel. Sa mère règne sur elle, sur ses horaires, sur ses tenues, sur son régime alimentaire, sur ses distractions, et bien sûr elle veille tel un cerbère sur les amours de sa fille. Erika est complètement soumise, et on sent qu'elle a presque renoncé à toute révolte, et finit par se complaire dans cette relation monstrueuse, où la mère et la fille ne forment qu'un seul être bicéphale. Erika est perturbée, elle se mutile, fréquente des cinés pornos et des sous-bois où des couples enfiévrés s'empoignent.
Alors, lorsqu'un jeune homme étudiant du conservatoire lui fait part de son désir, Erika ne saura que lui offrir une trame de rapports sado-maso ultra codés propres à annihiler tout sentiment.
L'atmosphère de ce roman est dense à souhait, glauque et malsaine. L'écriture est très dense aussi. Pas un espace, pas un chapitre, pas un paragraphe, pas un souffle, tout est écrit d'un trait, d'une traite. On passe du présent, au passé, du concret au virtuel des rêves, ou alors de scènes en cours de déroulement à l'imagination, aux phantasmes. Tout cela pour mieux nous enfermer dans ce couple mère-fille infernal et étouffant.
Elfriede Jelinek est une virtuose, la prose est incroyable, la construction aussi, c'est du grand art littéraire.