J'avais lu ce livre il y a bien longtemps et j'ai été heureuse de me replonger dans cette version originale, tant mes souvenirs étaient flous et largement entachés de ceux de la série télé sortie dans les années 70.
Bien que datant de 1963 j'ai trouvé ce récit très peu démodé, juste délicieusement suranné. J'avoue préférer ce type de narration pleine de retenue à la pseudo moderne (sea, sexe and love and so on) : aucun débordement alors que la situation s'y prête pourtant souvent.
Au delà de l'idée passionnante (celle d'une évolution des singes leur permettant de doubler l'humanité et la fougue dramatique qui l'escorte) j'ai beaucoup apprécié plein d'autres notions qui m'avaient jadis échappé. Comme quoi il faut relire ses classiques...
Le thème scientifique qui soutient le livre, celui des voyages dans l'espace qui distordent le temps et les conséquences effroyables qui en résultent pour le malheureux Ulysse, m'avaient beaucoup frappée, tout comme la vraisemblance d'une évolution des singes jusqu'à l'intelligence. Le thème parallèle de la réflexion sur les différentes sortes d'intelligences, plus discret, et dont je ne me souvenais pas, est cependant tout aussi fascinant.
Ne vous êtes-vous jamais fait la réflexion que si 99% des humains savent utiliser, voire même fabriquer, des objets très sophistiqués, ils restent incapables d'inventer de telles choses ? Que si on enlève à l'humanité la toute petite fraction de ceux qui ont eu / ont le génie de penser et de concevoir on en serait encore à l'âge du feu ?
C'est l'idée qui vient à terme à Ulysse dans ce livre, qui conclut avec un certain soulagement que les humains, se laissant aller à ne rien faire par mollesse et apathie, ont permis aux singes de reproduire chacun de leurs actes pas à pas - mais sans être capables de progresser au-delà, preuve en est une société très stable depuis environ 10 000 ans. Une hypothèse déniée par l'entame et la chute du livre, bien entendu...
L'auteur en profite également pour mettre en avant une société presque idéale, bien moins violente que celle des hommes ("les singes répugnant au crime" dit-il, bien que la chasse - à l'homme - ne semble pas en faire partie !) où trois groupes raciaux coexistent en paix, en dépit (ou grâce ?) à leurs différences d'aptitudes fondamentales : gorilles, orang-outans et chimpanzés.
Enfin, j'ai ressenti une critique assez acide de la société dans l'explication donnée par l'auteur (à travers un subterfuge très "bidon", une faiblesse du livre qu'on lui pardonne sans aucune difficulté) de l'ascension des singes. Une société trop confortable, où le manque de nécessité de combattre pour survivre et progresser conduit l'homme à s'avachir, réduisant le singe en esclavage, lui donnant ainsi les moyens et surtout l'envie de supplanter l'homme.
La morale de cette histoire serait ainsi : "ne t'endors pas sur tes lauriers où tu pourrais te retrouver en bas de l'échelle avant d'avoir eu le temps de dire chim-pan-zé" !