Matière première de la littérature de moeurs psychologique, ce livre traversa certainement l'esprit de quantités d'écrivains postérieurs. De la littérature des Lumières à la finesse démonstratrice de Proust en passant par les péripéties balzaciennes, si l'on y regarde bien, si on lit de près le texte de La Fayette on a l'impression de retrouver tous les ingrédients qui ont hissé la littérature française au faîte du panthéon international (ou si l'on veut du moins occidental). On y retrouve tout, mais en condensé. Parce que ce livre n'est pas long (rien à voir avec un roman fleuve) bien qu'il s'y passe une infinité d'évènements et de retournements.
Hardi, ce livre l'est à bien des égards. Scénario audacieux et sans déception, la ligne directrice est tenue jusqu'à sa finalité. Il me serait surprenant d'apprendre que notre auteur cherchait à plaire. Sa langue est agile, précise, claire, efficace mais jamais complaisante, ni pour les protagonistes, ni pour le lecteur qui voit sous ses yeux s'exercer le pathétique d'une tragi-comédie dont l'engrenage est inexorable. Parce que le "deus ex machina" ne vient pas l'interrompre et parce que les préoccupations des héros sont futiles au regard d'une vertu possiblement divine, on sent le drame bourgeois des siècles suivants poindre et naître presque instantanément après elle, en en modernisant l'énonciation. Ce roman annonce donc ses suites en posant puis distribuant les outils de fabrication, aux repreneurs de s'en servir avec talent. Certains se concentreront sur un seul élément, d'autres, ambitieux, toucheront des sommets en étoffant cette histoire qui est toujours la même. Mais tous, les plus grands, les poètes, de Dostoïevsky à Zola choisiront dans ce patchwork une fois réalisé la pièce qui leur convient le mieux. Ce livre est une étape cruciale. On lui doit beaucoup.