Je viens de revoir the Searchers, il faut parfois régénérer ce qu'on sait d'un vécu en le revivifiant. Le cinéma permet la chose...mais là comme ailleurs, si le souvenir n'est que la somme des moments où on s'est souvenu, l'expérience renouvelée se charge des précédentes. The Searchers se charge chaque fois d'un peu plus de mystère. Jamais la célèbre formule de Godard à l'intention de Ford, chez qui "l'image renvoie à l'idée", n'aura été aussi prégnante que dans ce film. Ou la splendeur le dispute à la noirceur, la limpidité au mystère, le mythe à son envers...Par delà tous les thèmes qu'il aborde sans jamais les épuiser (le racisme, le pêché, l 'identité, la peur de l'altérité,le regret, le remords et la haine de soi, l'errance circulaire...), la Prisonnière du Désert est aussi un film sur le temps, qui nous fuit, que l'on fuit, mais qui rattrappe toujours. Même celui qui n'abdique pas perd à la fin. L'errance ne sera pas éternelle...mais la porte qui se referme sur Monument Valley, après que les Jorgensen aient incorporé ce qui restait des Edwards, laissera errer longtemps dans nos mémoires l'homme qui lui a tourné le dos, pour chevaucher au loin.