La Réserve (2008) ressemble à un grand roman de Russell Banks, a presque le goût d'un grand Banks mais n'en est hélas pas un. L'histoire de cette jeune femme, Vanessa Cole, fille de ploutocrates, belle et caractérielle, m'est tombé des mains, m'a ennuyé, malgré un style qui pouvait laisser augurer du meilluer. C'est d'autant plus regrettable qu'un sentiment de frustration vient habiter le lecteur quand on sait tout le talent de Russell Banks (cf. Pourfendeurs de Nuages). De ce roman, je suis assez déconcerté, faut bien le dire.
Sauf à ce qu'on me démontre que la traduction est fautive, la vérité est que Russell Banks a perdu un peu de son style, à moins que sa muse ne l'ait provisoirement quitté... La synopsis de cette saga, qui s'étale sur la fin des années 30 (l'arrivée des fascismes en Europe et l'insouciance des Etats-Unis, nation isolationniste) avait pourtant de quoi emballer le lecteur : un lieu coupé de tout, coupé du monde -une réserve- abrite une micro-société sensible à l'art, du moins quand celui-ci rapporte du fric... Un semblant de critique à l'encontre des classes possédantes et politiquement influentes. L'action, les personnages - Vanessa et son caractère maladif -: tout semblait annoncer un grand livre. Le problème est en fait dans l'exécution. A la lecture, on se dit que Russell Banks a bâclé la phase de l'écriture proprement dite.
On lit ce qui devrait être des scènes d'anthologie sans échapper à un léger ennui, voire à de l'irritation : la surprise et l'émerveillement que procurent habituellement l'inventivité et la maestria de Russell Banks laissent place à de l'abattement face aux tics et aux procédés qui apparaissent. Ici, en dépit de quelques admirables morceaux épars (les conversations sur l'art entre le pilote de l'hydravion biplan, Jordan Groves, et le Dr Coles), on ne ressent guère d'émotion et même le regard mélancolique porté sur le paradis terrestre que serait cette réserve d'avant la seconde guerre mondiale apparaît surfait. Ne parlons pas des personnages qui ne respirent ni ne s'émeuvent. Bref, j'espère que Banks retrouvera tout son talent dans un prochain roman.