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3.0 étoiles sur 5
Mérites et déboires de la reconstitution historique, 7 décembre 2011
"La Reine et le Cardinal", Marc Rivière, 2009, 2 DVDs GETEVE-RAIFICTION-SFP.
La réussite d'une reconstitution historique dépend d'une fidélité (relative) aux faits historiques, et à la psychologie des personnages, mais également à une infinité de détails qui font la crédibilité de l'ensemble, détails qui, d'une certaine manière, forment la trame sur laquelle s'attachent et se détachent les éléments principaux.
Exemples : on ne peut faire parler les personnages d'un film comme parlaient les hommes et les femmes du XVII° siècle, nous le comprendrions pas. Mais on peut donner à leur langage comme un parfum d'ancienneté qui marque une distance chronologique entre eux et nous, sans nous les rendre inaccessibles. Cet aspect, de plus en plus souvent négligé, ne l'a pas été ici.
On ne peut davantage reproduire exactement les comportements des gens de cour. L'incessant ballet de révérences, courbettes, saluts et coups de chapeaux, tous étudiés, mesurés, plus ou moins amples, appuyés ou profonds, qui ponctuent la vie des courtisans français, et qui ne cessent de surprendre les étrangers (lire l'ambassadeur Primi Visconti), ce ballet perpétuel nous semblerait extravagant et ridicule. Mais on peut éviter qu'un simple secrétaire quitte le roi en lui tournant le dos, au lieu de partir à reculons, ou qu'on lui adresse la parole chapeau en tête. D'abord, le roi parle toujours le premier, ensuite si les gentilshommes de sa suite ont le droit d'être couverts à l'extérieur, ils se découvrent dès que le roi se tourne vers eux, croise leur regard et a fortiori leur parle.
On ne peut reproduire à l'identique les costumes princiers, cela engloutirait le budget du film, mais on peut éviter que la reine porte en 1658 la même robe qu'en 1642. Plus grave, comment expliquer que personne, ni duc, ni prince du sang, pas même le cardinal, et encore moins le roi, ne porte le cordon bleu, cet "Ordre du Saint-Esprit" qui est à la noblesse d'Ancien Régime ce que la rosette est à un ministre de la République ?
Enfin, à part les carosses qui, pour quelques uns, sont bien anachroniques, le fait que le coadjuteur Retz confonde Marie de Medicis avec Catherine lorsqu'il parle de son favori Concini, et que l'on voie la Colonnade du Louvre terminée à la mort de Louis XIII, avec trente ans d'avance, il y a peu d'erreurs flagrantes. Il y a même quelques belles réussites comme la reconstitution, en image virtuelle, de la Galerie du Bord de l'Eau traversant les restes des fortifications de Charles V, comme de voir Louis XIV, passionné de danse et de chant, répéter un duo du "Ballet de la Nuit", au moment de faire arrêter le cardinal de Retz, ou encore applaudir avec passion une cantatrice italienne, peut-être bien Leonora Baroni, "la più virtuosa dama d'Italia".
Cette histoire de trois heures racontant les amours d'Anne d'Autriche et du cardinal Mazarin sur fonds de Fronde (1642-1661), est idéalement servie par un Philippe Torreton, très juste, sobre et extrêmement crédible. On a eu l'intelligence de ne pas lui faire prendre l'accent italien, que Mazarin avait fort, mais qui aurait sonné faux et fini par lasser le spectateur. Alessandra Martines est une très noble et belle Anne d'Autriche, aux appas moins opulents que la véritable Reine-Mère, mais bon, chaque époque a ses critères de beauté féminine, il faut accepter les nôtres. Le film néglige un aspect important de cette histoire d'amour, c'est le mariage secret, vraisemblable, entre la Reine et le Cardinal. Le cardinalat étant un titre honorifique et non une fonction écclésiastique, on peut être cardinal sans être prêtre, et sans donc avoir fait voeu de célibat. Même si le cas ne se présente plus aujourd'hui, c'était celui de Mazarin, le film aurait dû apporter cette précision. Quant à Anne d'Autriche, elle était veuve et très pieuse, elle n'aurait pas vécu "dans le péché".
Ce qui manque encore, à la fin du film, nous contant les amours déçues du jeune Louis XIV avec Marie Mancini, nièce du cardinal, c'est une Marie précisément. Celle qu'on appelait la "Perle des Précieuses", était peut-être moins séduisante que sa soeur Hortense mais elle était évidemment plus jolie que le petit pruneau qui l'interprète ici. De plus, élégante, raffinée, "précieuse" en tous points, une "Roxane" qui, si elle initia le jeune roi à la littérature, comme veut nous le montrer le film, ne le fit pas avec les auteurs qu'elle nomme. Elle aura davantage cité Le Tasse que Dante, la "Carte du Tendre" que "le Cid", et La Calprenède, Gomberville, Scudéry plus que Shakespeare ou Cervantès. Et c'est à cette littérature de féerie galante, apprise de Marie, que Louis XIV restera fidèle jusqu'à la fin de ses jours, du "Ballet d'Alcidiane et Polexandre", d'après le roman de Gomberville, à Tancrède, d'après Le Tasse, en passant par "Les Plaisirs de l'Ile Enchantée", où règne Alcine, "Amadis", "Roland" et "Armide". De plus, au moment de leurs adieux, Marie dit à Louis : "Vous êtes roi, et vous pleurez", alors qu'elle aurait dit, beaucoup plus finement, et précieuse jusqu'au bout : "Vous êtes roi, je pars, et vous pleurez", résumant toute la portée dramatique de la situation. Quinault n'aurait pas mieux fait.
Malgré ces réserves (qui sembleront peut-être vétilles d'érudit mais qui étaient d'autant plus facilement évitables qu'elles sont aisément repérables), un film qui est à la fois un bon divertissement se regardant sans lassitude, et une honorable première approche d'une époque troublée, difficile à débrouiller, et que le réalisateur, Marc Rivière, sans rien remettre en question d'une vision traditionnelle des personnages et des situations, a dépeinte assez clairement.
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