Un soir que la Reine d'Angleterre promène ses Welsh Corgis dans les jardins de Buckingham Palace, ceux-ci s'échappent en aboyant. En poursuivant ses petits chiens, Sa Majesté se trouve soudainement nez à nez avec un bibliobus. Or Sa Majesté est une personne qui «fait les choses» et qui n'a pas le temps de «de ne rien faire» pour lire ; mais, comme Sa Majesté est une personne très polie qui désire mettre les gens à l'aise en toutes circonstances, elle emprunte un livre de Dame Ivy Crompton-Burnett - une femme qu'elle avait elle-même anoblie voici bien des années déjà. Ce geste de pure politesse accompli, Sa Majesté se promet bien de faire rendre ce livre par une dame de compagnie la semaine suivante.
La semaine suivante arrive: la Reine, voulant mettre un terme rapide à une réunion fort longue et ennuyeuse avec son secrétaire privé, décide spontanément de rendre elle-même le livre au bibliobus. Là, elle découvre des livres écrits sur des gens qu'elle a personnellement connus tels que Cecil Beaton et David Hockney ... et dans la foulée, elle emprunte un autre livre, cette fois-ci écrit par Nancy Mitford, un auteur dont la famille nantie n'a cessé de scandaliser la bonne société anglaise - dont Sa Majesté fait naturellement partie - dans les années 1930 et 1940.
De fil en aiguille, La Reine prend de plus en plus de plaisir à lire et, fascinée, découvre le monde tel qu'il est à travers les écrits intelligents de personnes qui ont véritablement vécu et dont la vie ne se réduit pas une fonction, toute aussi haute soit-elle. Naturellement, la Reine désire consacrer de plus en plus de son temps à la lecture. Cette nouvelle passion progressivement envahissante posera tout d'abord des problèmes de plus en plus importants à son entourage, entourage dont le devoir est de veiller à ce que tout cérémonial se déroule de façon ponctuelle et sans heurt. Une bataille sournoise et sans merci s'engage alors entre les livres et les «hommes en gris» qui déplorent le manque de ponctualité et d'attention de la Reine à ses fonctions officielles. Certains ouvrages disparaissent mystérieusement, d'autres seront délibérément perdus et d'autres encore seront même détruits par un service de sécurité un peu trop zélé. Enfin cette obsession de lire posera problème à la Reine elle-même : elle se rend compte que les fonctions officielles deviennent une charge dans le sens négatif du terme, une charge qui lui enlève la liberté de réfléchir par elle-même et de se découvrir. Les livres lui donneront-ils enfin la liberté de choisir sa vie ?
Un amusant petit traité sur les pouvoirs de la lecture...