Sophie scholl,
Antigone, Charlotte Corday, voici le nom de mes héroïnes. L'une n'a jamais existé, mais a marqué durablement les esprits par sa force de caractère. Les deux autres ont défendu, comme elle, des causes d'un haut intérêt éthique, mais de manière presque anecdotique au regard des événements effroyables qui se déroulaient à leur époque respective (du moins sur l'instant, et nous y reviendrons).
Les trois ont en commun d'être des femmes d'une très grande force morale et d'un courage exemplaire. Et toutes les trois ont péri au terme de la peine capitale, en connaissance de cause, en n'ayant rien fait pour y échapper, plaçant la cause qu'elles défendaient au-dessus de leur propre vie.
Des trois figures, Charlotte Corday reste néanmoins, à mes yeux, celle au sujet de laquelle je me pose le plus de questions. En effet, contrairement aux deux autres qui ont agi de la manière la plus pacifique qui soit, Charlotte Corday a tout de même recouru à la violence et à l'assassinat. Oui, mais n'était-ce pas pour « sauver 100 000 vies », comme elle le dit elle-même ? Dilemme de toujours, car dans le cas présent on peut être tenté de défendre ce point de vue, mais qu'en est-il dans le cas d'un terroriste qui lui aussi trouvera une justification à des assassinats, que l'on réprouvera cette fois totalement ? (à l'image, par exemple d'un Battisti, condamné par la justice italienne et que, pourtant, tant de « bonnes consciences » défendent en France, de manière qui me paraît ici totalement injustifiée et éminemment choquante).
Voilà longtemps que je désirais lire un ouvrage sur Charlotte Corday. J'avais déjà lu ou vu des choses la concernant en divers endroits (livres, revues, et même un téléfilm diffusé récemment), mais difficile de savoir quel auteur et quel ouvrage pouvait faire l'affaire, tant les points de vue peuvent être différents. Et c'est pourquoi j'avais temporairement renoncé, en attendant de trouver le bon ouvrage.
C'est alors que, par hasard, j'ai écouté une émission radiophonique au cours de laquelle Michel Onfray (qui en principe n'est « vraiment pas ma tasse de thé ») était invité, à l'occasion de la journée de la femme (une seule journée, ciel !), pour présenter ce livre.
Or, sa présentation et la modération de ses propos m'ont agréablement surpris. Ce qui m'a conduit à m'intéresser à ce petit essai.
Si, sur un plan intrinsèque certains éléments me plaisent (je vais dire lesquels), malheureusement, il y a aussi quelques sources de déception.
D'abord, et surtout, la taille de l'ouvrage. 80 pages, sachant que le texte lui-même ne débute qu'à la page 13 et qu'il y a plusieurs pages blanches intermédiaires pour des sauts de page entre les différents chapitres, cela ne donne au total qu'une soixantaine de pages ( !).
Et encore, vu le format (faible largeur des pages) et l'espacement (marges hautes et basses), le contenu est vraiment très restrictif.
Finalement, le petit recueil se lit en guère plus d'une heure. L'essentiel était dit au cours du petit quart d'heure d'entretien radiophonique que j'évoquais et je n'ai rien appris de plus.
A l'arrivée, on peut parfaitement imaginer que ceci aurait pu donner lieu à l'une des conférences pour lesquels l'auteur s'est rendu célèbre. Et dans ce contexte, c'est le second grief, comment justifier un tel prix pour ce tout petit écrit (moi qui ne regarde pourtant habituellement à la dépense lorsqu'il s'agit de livres) ?
Pourquoi, alors, tout de même trois étoiles ?
Parce que, malgré tout, je suis agréablement surpris par la vision offerte de la Revolution Française, dont l'auteur reconnaît penser le plus grand bien, mais tout en désapprouvant clairement et fortement la violence sans nom et la bestialité extrême à laquelle elle a donné lieu. Parce que la vérité est rétablie sur ce personnage monstrueux, malhonnête, arriviste, fraudeur, médecin charlatan, faussaire, sanguinaire, tyrannique, harangueur, vivisecteur et acheteur de cadavres (l'auteur explique chacun de ces qualificatifs), qu'est Jean-Paul Marat, guidé par ses mauvais instincts de vengeance car lui-même n'est qu'un raté qui ne désirait rien de moins que d'être anobli, reconnu, admiré, sans qu`il y soit parvenu malgré toutes ses bassesses et compromissions pour y parvenir.
Et, enfin, parce que même si finalement on reste un peu sur sa faim au sujet d'une Charlotte Corday dont on n'apprend pas grand chose, il n'en dresse pas moins un éloge mérité (même si on peut s'interroger sur son souhait de lui coller à tout prix l'étiquette de « libertaire »), elle qui a si souvent été vilipendée ou moquée pour son acte jugé par beaucoup parfaitement inutile, voire contre-productif. Mais serait-elle resté dans l'histoire si son amour de la liberté et sa force de caractère (voir aussi l'intéressant témoignage du bourreau Sanson à son sujet) n'avaient marqué ainsi les esprits ? Et j'approuve Michel Onfray lorsqu'il insiste sur le fait qu'isolé son acte n'a eu en fin de compte aucune portée immédiate, mais qu'il en dépendait de chacun ensuite de relayer son courage pour que cet acte révèle toute sa portée.
Et il n'en reste pas moins que Charlotte Corday demeure un modèle de courage, de force de caractère et de puissant amour de la liberté. A ce titre, elle mérite de trôner au panthéon de mes héroïnes préférées.