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Michèle Desbordes, j'avais eu quelque difficulté à finir l'un de ses précédents romans, dans lequel elle faisait intervenir un Léonard de Vinci, vieillissant... non que la trame ne soit pas intéressante, mais seulement par ce parti pris d'une écriture à la Proust, avec des phrases qui n'en finissent pas ... mais le malheur est bien que n'est pas Proust qui veut !
Et dans ma médiathèque préférée, me voilà nez-à-nez avec son dernier roman, "La robe bleue".
Après tout, ma première impression sur cet écrivain n'était pas forcément fondée ? et je me suis plongé dans la lecture de cette "Robe bleue" ; mais d'entrée de jeu le même style, et quand on est à la 26e ligne d'une seule et même phrase on se demande quel en est le début, et obligé de recommencer ... tout cela pour s'apercevoir qu'il n'y a aucun lien entre le début et la fin. Alors vous savez ce qui se passe ? votre oeil et votre sens de la langue française, font que vous restituez toutes les ponctuations qui manquent et du coup ce texte devient très lisible !
Et heureusement !
Car son récit est passionnant : elle imagine Camille Claudel, dans cet asile d'aliénés où l'a placée de force sa famille : elle revit les moments de sa vie antérieure et actuelle, et surtout cette attente des rares visites que lui fera son frère Paul. Contrepoint extraordinaire entre l'extrême mobilité de ce Paul diplomate qui ira de Prague à Washington, ou Pékin ou encore Rio, et cette quasi immobilité de Camille. Contrepoint extraordinaire entre le silence de l'agitation de Paul (sa production littéraire est-elle mentionnée seulement 5 fois ?) et l'extrême vitalité créatrice de Camille ! Contrepoint encore extraordinaire entre la pauvreté, pour ne pas dire le vide, sentimentale de Paul et la fantastique richesse amoureuse de Camille. Contrepoint enfin, et non des moindres, entre cette passion de Camille, femme, pour la sculpture et cette incompréhension dont elle sera victime de toute cette société du début du 20e siècle.
Oui, une fois dépassé cet obstacle de l'écriture, on ne peut qu'aimer ce roman qui nous fait rentrer dans ce cheminement intérieur qu'a dû emprunter Camille Claudel.