Imaginez une école, plutôt une pension pour jeunes filles, gérée dans la belle tradition du plaisir d'enseigner, du petit paradis terrestre dans lequel les professeurs font aussi bien la cuisine que le repassage des robes de ces demoiselles.
Imaginez un geste anodin entre deux enseignantes, mais vu puis raconté (déformé) par une élève qui souhaite se venger d'une punition.
Contrairement à « certains l'aiment chaud » qui prenait par la comédie le risque d'aborder la normalité de l'homosexualité, « La rumeur » montre comment les hommes ont leur point de perspective sur une affaire, sans chercher à la voir de près car pensant bien mieux la juger selon ce qu'en dit autrui.
La caméra décortique la psychologie des protagonistes de cette rumeur, nous dépeint la jouissance du médisant qui grignote en cachette les restes de nos deux héroïnes, jusqu'à nous exposer point par point comment fonctionne à merveille la bonne vieille formulation de Molière (les femmes savantes) « qui veut noyer son chien... ». Un film superbement interprété, aux dialogues acérés en fils barbelés, angoissant, étouffant, glauque, presque poisseux... que tout enseignant ayant été victime d'une rumeur calomnieuse de la par d'un élève reconnaîtra plan par plan comme particulièrement (et abominablement) réaliste.