La Santissima Trinità est le dernier oratorio d'Alessandro Scarlatti (1660-1725),le père du célèbre Domenico.
Tout le génie du compositeur dans son style et sa force intérieure trouve ici son apogée.
Cette musique sacrée prend sa source au c½ur même de la tradition romaine dans le genre d'oratorio particulièrement apprécié par les jésuites qui y voyaient là une nouvelle forme de catéchisme qui veut que l'on apprenne mieux en se distrayant.
Il s'agit ici du genre "disputatio" ou discussion théologique opposant l'incroyance à la foi, à l'amour divin et au temps sur la réalité essentielle de la Sainte Trinité, auxquels se joignent, après quelques hésitations, des opinions de théologiens.
Scarlatti fut, en fait, l'un des derniers auteurs avec Caldara (Présages de paix, 1712) et Haendel (Triomphe du Temps et de la désillusion, 1707) à tenter de marier cet exercice, quasi métaphysique, avec le plaisir de l'écoute musicale jusqu'à la désaffection du public quelques années plus tard.
L'alternance des récitatifs, des airs et duos est enveloppée d'une instrumentation réduite aux seules cordes.
La distribution d'un rare équilibre (deux soprani, un alto, deux ténors et une basse) se déploie, allant du rôle le plus aigu au plus grave, et sur une hiérarchie stricte qui n'est pas déjà sans signification théologique : la foi vient en tête (cinq airs et quatre duos) suivie de l'Amour divin (quatre airs et deux duos), de la théologie (quatre airs et un duo), de l'incroyance (trois airs et un duo) et du temps (deux airs).
Entre les deux parties de l'oratorio se situait la prédication, une « leçon » en latin.
C'est donc une musique tout en mouvement, en initiative, en action avec accélération des Tempi pour illustrer la disputatio dans laquelle Scarlatti a mis le meilleur de lui-même avec la variété les plus éblouissantes des formes : siciliennes, sérénades, sinfonia, etc. dans des rythmes tourbillonnants qui s'achèvent dans le plus pur style concitato ou sorte de « bataille en musique ».
Je vous assure que l'on ne s'ennuie pas dans cette version toute en perfection sonore pour laquelle les chanteurs et les instruments de l'ensemble Europa galante sont joyeusement engagés sous la direction de Fabio Biondi et que l'on retrouve alors toute la brillance et la luminosité de la musique de Scarlatti au service d'une authentique catéchèse.
Précisons qu'il s'agit d'une réédition d'un enregistrement de la fin des années 90.