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5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Déconstruction de clichés par le moyen de clichés,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Suisse : Au-delà du paysage (Broché)
« De la plus vieille démocratie du monde au secret bancaire, la Suisse n'a cessé d'exploiter ses propres mythes au risque de s'enfermer dans l'immobilisme et le manque de réactivité. (...) Une collection de clichés parmi bien d'autres qu'il convient de déconstruire, (...) pour dire autrement une Suisse différente et qui ne cesse de changer. »Dès la première page de ce petit livre de « découverte » l'auteur affiche sa couleur : il veut déconstruire les clichés et les mythes qui entourent et risquent d'étouffer la Suisse. Voilà qu'il intitule son Chapitre 3 : « syndrome helvétique : repliement et ouverture » - ce qui n'est qu'un cliché mettant en exergue les préférences politiques de l'auteur. Ces jugements se répètent : « malaise helvétique » (p. 89), pour conclure sur le cliché des clichés : le Sonderfall (p. 95). Je ne connais aucun pays qui ne se considère pas comme un « Sonderfall ». Détruire les mythes, c'est chose trop facile. Moins évident est de savoir faire ressortir les force de « longue durée » qui rendent plausibles à la fois l'émergence et la survie des structures politiques d'un pays. La Suisse, - ou mieux cette agglomération de vallées alpines et préalpines, de campagnes avoisinantes et de villes imbriquées dans des réseaux de routes de commerce transfrontalières - c'est en fait un « pays d'en haut » qui a longtemps trouvé son intérêt à « ne pas être gouverné » par aucun des différents « warring states » nés dans les plaines de la péninsule européenne. La littérature anthropologique - de Leach à Gellner, à James Scott The Art of Not Being Governed: An Anarchist History of Upland Southeast Asia - est vaste à ce sujet. Elle pourrait aider à mieux faire comprendre à la fois l'intégration de certains Suisses dans les courants de commerce international, le mercenariat d'état qui a été longuement un pilier de l'autonomie du pays, et sa politique de « ne pas s'occuper des affaires des autres ». Loin d'être contradictoires, ces aspects recouvrent la dynamique qui a permis à la Suisse de se développer. Le système politique suisse a assuré assez bien les besoins du pays face à ce que A.J.P. Taylor appelait « struggle for mastery in Europe ». C'était un système basé sur des compromis - d'intérêts économiques surtout - et qui évitait soigneusement tout conflit idéologique susceptible d'ébranler des équilibres déjà très précaires. Le prix a toujours été une politique de petits pas centrée sur un intérêt vital constant - l'indépendance du pays. En corollaire, l'exiguïté des structures étatiques a permis finalement à chacun des groupes d'intérêt d'y trouver son compte. Reste le fait fondamental que l'histoire suisse ne peut être comprise que par rapport à son contexte européen et à son évolution. La fin de la deuxième guerre mondiale à tout changé en Europe et à travers le monde. L'hégémonisme intra-européen a disparu - je pense pour toujours. Le clivage idéologique entre Est et Ouest a mis en cause la base même de la politique de neutralité de la Suisse - peut-on être neutre entre économie de marché et communisme ? Finie la guerre froide, voilà qu'une neutralité d'ordre régional ne fait plus grand sens dans un jeu hégémonique désormais mondial. Face à un tel changement de paradigme, il ne devrait pas surprendre que la Suisse « cherche son chemin en tâtonnant ». Tout changement de direction présuppose de la dynamique. Comme par le passé le pays a su donner la priorité au maintien de son dynamisme, plutôt que de se déchirer sur des questions idéologiques et de principe comme l'ont fait d'autres pays européens. Le prix a été d'éviter le « grand geste » - tel que l'auteur le souhaiterait. « Syndrome helvétique » ? Face à une Europe combattante, la Suisse a su créer ce qu'on peut appeler par analogie une « niche écologique » qui lui a permis d'exister. Cette « niche » n'a plus lieu d'être - d'accord. Mais la conséquence n'est pas automatiquement la résorption dans le grand mouvement européen, d'autant plus que l'Europe est de plus en plus introvertie, et incapable de se sortir de ses petits égoïsmes. Peut-être le grand défi pour les Suisses est-il de réussir à créer une « niche écologique » au niveau mondial. On ne fait « découvrir » un pays qu'en cherchant à déceler ses possibilités et ses options - ses « degrés de liberté ». Il est regrettable que l'auteur ne semble préconiser qu'un seul destin pour la Suisse : l'entrée dans l'UE. Deux remarques d'ordre subalterne. Le rôle dynamisant de l'immigration est mal perçu : les banquiers protestants de Lucca et les drapiers de France qui se sont établis à Genève au XVIe siècle ont beaucoup fait pour l'économie du pays, de même que les industriels de souche étrangère tels que Nestle, Sandoz, ou Brown et Boveri au XIXe siècle. Le problème de la « surpopulation étrangère » n'est pas mis en rapport avec les spécificités des lois de naturalisation, qui restent excessivement restrictives - on connait des étrangers de troisième génération. Enfin, on aurait pu dire un mot sur les Suisses qui ont émigré : les Mennonites, de grands personnages comme Gallatin, et les Suisses d'Amérique Latine. La présentation assez mécanique (et verticale) de la démocratie semi-directe (p. 46) et le diagramme bien trop sommaire à la p. 47 ne sont pas de grand aide pour bien comprendre l'esprit d'un système ou le peuple a le dernier mot sur chaque pièce législative. Le système politique sert ce but, et ne le remplace pas. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
4.0 étoiles sur 5
un aperçu sur la Suisse loin des clichés,
Par ANC "anc" (Lausanne) - Voir tous mes commentaires
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Suisse : Au-delà du paysage (Broché)
Cet ouvrage vise à fournir en quelques pages abondamment illustrées un rapide aperçu sur un pays qui peut paraître insolite : la Suisse. L'auteur souhaite aller au-delà des clichés solidement ancrés dans l'imaginaire collectif (le secret bancaire, l'isolationnisme, le rejet des étrangers, etc.) en fournissant une perspective historique sur la construction de la Suisse. Cet opuscule ne va pas toutefois sur le terrain d'analyse de François Garçon Le modèle suisse : Pourquoi ils s'en sortent beaucoup mieux que les autres, qui analyse le système suisse et le compare à d'autres systèmes dont la France. François Walter aborde plutôt le problème de la construction de la Suisse moderne et quelques-unes des caractéristiques de la Suisse moderne, avec manifestement comme cible un lectorat non suisse, qui souhaite avoir une idée plus précise sur la question. Du fait de sa concision (moins de 100 pages + annexes), le survol reste superficiel, mais assez complet.L'ouvrage est assez différent des livres du même auteur (plus académique). Il s'agit ici clairement d'un livre grand public qui se lit rapidement. A conseiller pour tous ceux qui veulent avoir un premier aperçu. Ma seule critique est la mise en page, vraiment peu heureuse, confuse, chargée par de multiples encarts dont la profusion nuit à la clarté de l'exposé. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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