Ecrit en 1970 par Sylvester Stallone, alors qu'il était sans emploi, "La taverne de l'enfer" était une histoire très noire. Le succès de "Rocky" a permit à Stallone de nuancer son pessimisme. C'est alors qu'en 1978, il nous fait faire un détour par "l'allée du paradis". Il en est même le guide unique. Il est l'auteur du roman qu'il a lui même adapté pour le cinéma. Il en assure la mise en scène. Il en est bien entendu l'acteur principal et comme si cela ne suffisait pas, il interprète la chanson du générique.
Le titre original "allée du paradis" est à prendre bien sûr avec ironie. Le roman avait pour titre "Hell's kitchen" (la cuisine de l'enfer).
C'est dans l'un des quartiers les plus pauvres de New York, celui où est né Sylvester Stallone en 1946, (époque à laquelle il situe l'action de son film, le transformant en "Mean Streets" de l'immédiat après-guerre), que subsiste un monde à part dont les trois frères Carboni brûlent de s'échapper pour "monter à la ville". L'ainé (Lenny) travaille à la morgue. Le cadet (Stallone) prendra en main le troisième (Victor), un géant au regard doux et lui fera subir un entraînement d'enfer afin qu'il puisse affronter et vaincre "Frankie le bulldozer", le champion du quartier.
La parenté avec "Rocky" est évidente, tout comme est évident le fait que Stallone parle d'un monde qu'il connait bien ; celui des petites gens des bas quartiers, celui des immigrés de souche italienne, celui des dancings à dix cents la danse, des danseuses à louer et des putes au grand cœur. Ici, l'argent ferait lever les morts, les faire chanter, les faire danser et même les faire courir sur les toits par cinquante mètres de hauteur ; comme Cosmo Carboni (Stallone) qui s'élance de terrasse en terrasse pour franchir les rues de la ville - pour une piécette - pour tromper la mort ou saluer la vie - se frayer un chemin. Ils sont quelques uns à vouloir sortir du lot à tout prix. Les frères Carboni en font partie, avec leurs muscles, leurs ruses ou leur fourberie.
Malheureusement, Stallone n'a pas démontré de réels talents de metteur en scène. Le tout manque un peu de rythme. Dommage, car son film est déjà très bon et aurait assuré aux Carboni la suite glorieuse que Stallone voulait leur préparer. A défaut, c'est le second volet de la saga Rocky qui verra le jour quelques semaines après la sortie de cette "Taverne de l'enfer", première réalisation de Sly et pas la dernière...