René Barjavel est, sans conteste, l'un de nos auteurs incontournables du XXè siècle. Bien qu'il se soit toujours défendu d'écrire de la science fiction, ses livres sont fortement empreints d'anticipation. Et parmi ses nombreux sujets de prédilections, il en est un qui ressort très fréquemment : la fin des temps, la mort de l'humanité, l'annihilation du monde' Depuis Ravage, écrit au début des années 1940 jusqu'à la Tempête, l'un de ses tout derniers romans (1982).
Imaginez la Terre prête à craquer. Les conflits géopolitiques ont atteint leur apogée, tous sont équipés des bombes les plus meurtrières. Imaginez aussi un éminent scientifique qui parvient à mettre au point une molécule qui supprime toutes pensées violentes, belliqueuses et vindicatives' Imaginez, enfin, que la dernière arme utilisée soit celle du bonheur absolu' Tous ont inhalé cette molécule' On pourrait alors croire que l'utopie qui veut que les peuples vivent en paix soit acquise. Et pourtant non. Pour deux raisons. La première est que si l'Homme devient essentiellement bon, il reste un producteur économique, et donc pollueur, dans l'âme. Et la paix totale n'améliore en rien la qualité de l'air, loin de là' La seconde est qu'il y a une faille dans cette molécule : certains humains ne l'assimile pas et restent violent. Alors, quand l'un d'eux prend la direction technique d'une division chargée de détruire les bombes ' qui ne servent plus à rien, on ne peut se douter du danger terrible qui plane sur les têtes' Et si Judith était la seule de toute la planète à encore pouvoir sauver l'humanité ? Et si l'amour était la dernière arme absolue ? La tempête va souffler'
Ce livre est une fable. On n'y retrouvera pas le style détaillé de l'auteur qu'on a pu apprécier dans des œuvres telles que Le Voyageur Imprudent (dont je vous recommande l'adaptation audio'). L'écriture y est dépouillée, simple, parfois presque puérile ou drôle ' en contradiction avec l'épaisseur du sujet. Et Barjavel d'éveiller en nous des interrogations presque évidentes et pourtant terrifiantes' La Tempête n'est peut-être pas son meilleur roman, mais il demeure l'un des plus percutants.